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Full text of "Balet comiqve de la royne : faict avx nopces de monsieur le duc de Ioyeuse & madamoyselle de Vaudemont sa soeur"

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BALET  COMIQVE 

DE  LA  R  O  Y  N  E,  F  A  I  C  T 

AVX  NOPCES  DE  MON- 
fieur  le  Duc  de  loyeufe  &C 
maciamoy  felle  de  Vau- 
demont  fa  fœur. 

PAR 

BJLTJSAK  DE  BEAriOYEVLX, 

V^LET   DE   CHAMBRE  DV 
Roy  j&  de  la  Roy  ne  fa  mère. 


A  PARIS, 

Par  Adrianle  Roy,Robert  Ballard,&  Mamcrt 
PatifTon  ^  Imprimeurs  du  Roy. 

M.  D.  LXXXII. 
AVEC  PRIVILEGE. 


Digitized  by  the  Internet  Archive 
in  2014 


https://archive.org/details/baletconniqvedelaOObeau 


AV  ROY  DE  FRANCE 


ET  DE  POLONGNE. 

IRE,  D  autant  qu'en  maniant  le 
gouuernail de  lempire  François, 
vous  auez  atteint  les  deux  poinds 
de  la  perfedion  de  toute  humaine 
adiojlVtile  &  lagreablealfemble 
auffi  plus  que  raifonnable  que  vos 
mérites  foyentcelebrezenlVne&  en  l'autre  forte. 
Pour  IVtile,  vos  conduites  d  armées,  batailles,  ren- 
contres, fieges,prires  de  villes, trophees,voyages  & 
fceptres ,  par  la  dedudion  de  tous  ces  fai£ts  heroi- 
ques,feront  aflez  de  foy  cobien  yoftre  Majefté  aura 
ferui  à  la  conferuation,reftauration  &  grandeur  de 
cefte  couronne.  Et  Thiftoire  Françoifepour  ce  re- 
gard, S  ir  E,vouspourroit  bien  bailler  non  pas  des 
compagnons^  mais  bien  quelques  fecods.  Rois  à  la 
vérité  replis  de  beaucoup  de  valeur,honorezdeplu- 
fieurs  belles  conq'ueftes ,  &  recommandables  après 
vous  à  toutlefîecle  aduenir.  Mais  quant  à  l'agréa- 
ble j  d  aueir:  fceu  tempérer  cefte  Martiale  inclina- 
tion^^de  plaifirs  honneftes,  de  paflTetemps  exquis,  de 
récréation  ermerueillableen  fa  variété  ^  inimitable 
en  beauté,incomparable  en  fadelicieufe  nouueau- 
té:  Ion  me  pardonnera  fi  ie  maintiens  que  vous 

â.ij. 


AV  ROY. 

n'auczeu  ny  predeceflèur,ny  aurez(commeicpen- 
fe  )  de  fucceATcur.  Or  comme  tous  ces  faids  héroï- 
ques pourroyent  par  ce  pere  inhumain  Saturne, 
cftre  dcuorez  auec  fes  dents  d'obliuion ,  s'ils  n  e- 
ftoyent  garantis  par  quelques  dcfenfes  y  &  mainte- 
nus par  la  protediond Vne  hiftoire  fameufe  :  pa- 
reillement toutes  ces  triomphantes  allegrefles  Fai- 
tes pour  donner  relafche  à  voftre  belliqueufe  main, 
retourneroyent  en  leur  obfcurité  &  mefcongnoif- 
fance  première  ^  dont  leur  mere  Inuentionlesaex  - 
traittes ,  iî  elles  n  eftoyent  par  le  difcours  &  Fefcri- 
ture  confignees  à  la  mémoire.  D'en  dédier  à  voftre 
Majeftéleliure  iln'eft  non  plus  de  befoin  d*en  dé- 
clarer icy  non  les  raifons ,  mais  les  neceflitez ,  qu'il 
feroit  de  rapporter  à  la  louange  de  l'autheur  de 
toutes  chofes ,  ces  belles  harmonies  du  monde  que 
nous  voyons,  ces  belles  variations  que  nous  pro- 
duifent  les  faifons ,  &c  bref  tout  l'heur  &c  conten- 
tement qu'en  cefte  bafle  demeure  nous  refpirons. 
Voftre  Maiefté  a  elle  voulu  monftrer  combien  elle 
pouuoit  refpandrede  douceur,  de  deledatioU:,  & 
de  bonne  odeur  de  paix  fur  fon  peuple  ?  A  elle  vou- 
lu rafraifchir  faNoblefle  de  tant  de  fatigues  mili- 
taires?Voyla  mille  plaifirs&palTetempshonneftes^ 
iauec  dexteritez  promptes  à  voftre  feruice  qui  appa- 
roifTent^  pour  faire  cognoiftre  à  tous  lesRoys  vos 
voifins,  &  àtous  les  peuples  plus  lointains  quelle 
eft  fa  grandeur,  quelle  eft  fon  obeiflance^  quelle 
cft  de  fon  Royaume  la  fertihté  &  l'abondance  non 
feulement  en  vaillans  hommes,  mais  en  grands  Ôc 
délicats  efprics.  Et  qu'après  tant  de  troubles  elle 


AV  ROY. 

pouuoir  s'efgayer  entre  Tes  fujers  auec  plus  de  fplen- 
deur  &c  magnificence ,  que  ne  f(çauroyent  faire  les 
autres  monarques  auec  vne  longue  paix  &  tran- 
quillité. Et  comme  la  meilleure  compofition  &  ha- 
bitude  de  la  perfonne  (è  cognoift^quâd  après  quel- 
que griefue  maladie  ^  luy  relie  encore  vne  difpofî- 
tion  que  les  plus  forts  &  roides  feindroyent  bien  à 
vouloir  imiter.  Ainfi  après  plufieursdefordres  ad- 
uenus  j  voir  encore  de  refte  vne  fi  grande  affluence 
de  bonnes  humeurs,  vne  fi  gaillarde  difpofirion  de 
bonnes  volontez  &  de  gentils  entendemens  pour 
elFeduer  ce  qu  auez  defiré  :  celaferuira  de  vraye  & 
infallible  marque  de  bon  ôc  folide  eftabliflement 
de  voftre  Royaume.  le  ne  veux  pas  auflî  en  ceft  en- 
droit fouftraire  l'honneur  à  ceux  qui  ont  médeci- 
ne &  penfé  la  maladie ,  fingulierement  àcefte  Pal- 
las  la  Roy  ne  voftre  mere^qui  a  veillé  tant  de  nuicïis, 
employé  tant  deiours  ,  donné  tant  de  fages  cofeils, 
&  appliqué  tant  de  falutaires  remèdes,  qu'en  fin  la 
guerifon  s'en  eft  enfuiuie^le  beau  teint  eft  rcuenu  à 
voftre  Frâccjle  bon  appétit  de  vous  fidellement  fer- 
uir,les  iambes  &  bras  robuftes  pour  vous  fecourir, 
le  cœur  &  lentendemét  fain  pour  y  faire  la  paix  re- 
uiure  &  fleurir.Le  difcours  de  tout  cela^S  i  r  e^vous 
efticyauvif  &plai(amment  reprefenté  fouzlafa- 
buleufe  narration  de  lenchantereflè  Circé,laquelle 
auez  vaincue  par  voftre  vertu  auec  trop  plus  de  lou- 
ange qu  Vlyfleiauquel  le  grâd  Alexandre  porta  en- 
uie^^pour  auoir  efté  fi  dignemét  célébré  par  Homc- 
re.En  fome  cefera  voftre  hiftoirc  poetique^ou  bien 
fi  lonveuc^comique,quivous  fera  renommer  entre 


AV  ROY. 

toutes  manières  dliommes»  mefmes  entreceux  qui 
ne  chercheroy  et  point  les  chofes  ferieufes.Vous  fe- 
rez trouué  auec  lupiter  entre  la  plus  part  des  Dieux 
&Deefles3ientensdes  aflîftances  diuines,  extermi- 
nant renchantcmcnt  du  vice.  Ainfi  voftre  nom, 
S I R  E  ^  viura  à  iamais ,  parfumé  de  cefte  gracieufc 
fenteur  non  feulement  de  vertueufe  réputation, 
mais  d  agréable  dele6tation.  Suppliant  tres-hum- 
blement  voftre  Maiefté^que  puis  qu  elle  a  eu  agréa- 
ble entre  tant  d  autres  belles  &  fuperbes  reprefen- 
tations^lexccution  de  mon  petit  deflein^que  la  mé- 
moire que  i  en  defire  perpétuer  &  comuniquer  par 
ce  petit  recueil ,  à  ceux  qui  ne  l'ont  point  veu ,  luy 
puilfc  eftre  recommandable.  Et  comme  les  viandes 
delicieulès  quVne  faifon  dénie  à  l'autre^ou  dont  vn 
païs  eft  aduantagé  fur  les  autres  contrées  voyfînes, 
par  le  moyen  de  la  confiture  (è  conferuent  &  fe 
tranfportent  5  &  donnent  de  ladmiration  &  bene- 
di£tion  au,  terroir  qui  les  porte.  Ainfi  cefte  réfe- 
ction d'efp  rit  que  vous  aueztrouueeplaifante,  & 
qui  ne  croift  point  encore  ailleurs  qu'au  païs  de  vo- 
ftre obei(fance  ^  confitte  au  fucre  de  voftre  bonne 
grace^alfaifonnee  de  voftre  confentement^  &  con- 
fèruce  dans  la  boitte  de  ce  petit  monument  :  puiffe 
à  toutes  les  autres  nations  donner  àgoufterdu  ne- 
étar  &  de  Tambrofie^dont  vous  vous  eftes  repeu^S: 
auez  raffafié  les  appétits  de  voftre  peuple. Sans  tou- 
tesfois  que  iamais  le  vray  gouft  puiiîe  paruenir  à 
d  autres  ^  qu  à  ceux  qui  ont  confideré  par  effet  la 
fplendeur  de  voftre  Maiefté ,  prefidcnte  au  mi- 
lieu de  tant  de  raritez  ^  de  tant  de  fomptuofitez. 


AV  ROY. 

&  fans  que  Ion  fepuifle  imaginer  le  bel  ordre  d Vn 
il  grand  nombre  de  diucrfitez  ^  de  tant  de  diiFeren- 
tes,excellentesneantmoins  &  viuantes  beautez^  6c 
de  tant  d'admirables  voiX:,  foit  pour  reciter  ^  foit 
pour  chanter.Ce  qu'à  la  verité^S  i  r  E^n'appartenât 
qu  a  voftre  grandeur^  ne  vous  fera  point  enuié^  ny 
perfonne  ne  fe  promettra,  quelque  grâd  qu'il  foit, 
de  le  pouuoir  efgaler.  La  prééminence  de  cela  en 
demeurera  à  vottre  Maiefté,  comme  la  prefeance 
de  fa  dignité  furpafïe  tous  les  autres  Rois  Chreftiés. 
Inuoquant  fur  ce  le  pere  vniuerfel  tant  fauorable 
&  doux ,  à  ce  qu'il  luy  plaife  vous  continuer  &  fes 
grâces  &  ces  contentemens  iufques  à  vne  telle  vieil- 
lefle^que  Ion  puifïè  dire  de  voftre  Maiefté, 

Et  "verras  de  ta  ra ro 
Double  pofierité: 
Etjur  les  François  grâce j 
Paix  cir  filicité. 


Voftre  très -humble  &  tres- 
obeiffant  feruiteur  &  fujet 
De  Beavioyevlx. 


HENRICO  III.  REGI  FRAN- 

CORVM    ET  POLONORVM 

Chriftianiflimo. 

V  I  fiêîofdlfos  Uhentes  ^there  j^eSlant^ 
Rex  H  E  N  R  I  c  E^deos^tantimirdnturamantque 
^rtifichybelle  quijingit  ludicrd^  mirum 
Ingenium  :  Tua  te Jèdquàm  miratur  amatque 
Gallia  totd  mdgis  ?  Nec  enim  confiftdjèd  ipja 
Verd  ^flrded  fuis  dd  te  defcendit  db  djlmi 
Et  tud  ne  yiBos  fe  trdnsfugd  yertdt  dd  ho/les ^ 
En  tihiprxcifdsViSioridconfecrdt  dlas, 

Hdtc  J^eBdculd  te  ducuntjo^c ferid  cum^ 
Serid^qudQ  feripoterunt  meminijp  nepotes, 
^Uicis  ^  cœlo  non  tu  fimuldchrd  deorum^ 
Qu^deduftd  mdnu  tibiB  elloioivs  ojfert: 
^tyquibm  es  chdrmyiniris  l^irtutibm  ipjos 
Fr^JenteSyl^erofque  deos  [Rexoptimé)  yero 
In  tdmfœlices  demittis  db  dethere  term, 

Eliciûmne  louem  fumma  deduxit  db  drce 
Sic Numd Rexjlcet hune  Fdunm^'Picufque iuudrent? 
Qudfulmen  tdndem  poffetrdtionepidri 
Hic  piî44  ^  fiépplex  tremuld  tum  liocerogdbdt, 
luppiter  ocym^l/t  concis  ordculd  yeriis 
InuoluityVefugit  celer  es  irdtm  in  duras, 

Sed  tibi  [Rex  H  E  N  R  i  C  e)  ^olens  deldpfm  db  dlt9 
luppiter  ejl  cœlo  :  do  cuit  quibm  drtibm  illdy 
Quorum  idmdudum  mifere  tud  Gallid  jldgrdns 
^rdebdt  ftdmmis^  extinguerefulmind  pofps, 
His  dbedt  nunqudm  tdm  ntdgnu^  Jèdibus  hoj^es 
luppiter  optdmrn ,  Kdm fi  difcedit^in  dltum 
Te  metuo  pdriter fecum  ne  toUdt  olympum. 


A.  P  o  G  OE  s  AE  V  s. 


AV  SIEVR  DE  BEAVIOYEVX, 

SVR   LE   BALET   C O M I QV E 

de  la  Royne. 

E  A  V I  o  Y  E  V  X ,     premier  des  cendres 

de  la  Grèce 
Fais  retourner  au  jour  le  dejfein  &  fadrejjè 
Du  BaletcompaJ^e  en fon  tourmejurê^ 
^j4t  d'-vn  ejj^ritdiuin  toy  mefme  tedeuance\ 
Géomètre  jnuentif, unique  en  ta fcience: 
Si  rien  dhomieurf acquiert  Je  tien  efiajjure. 

^jiel  honneur  d\jlre Jeul  qui  nous  rende  honorables 
Par  tant  d'inuent  tons  ^de fuiets  remarquables  y 
En  lin  iourfignaléles  dejeins d'in grand  Roj: 
Parangon  d'Archimede^à ioindre auec l'ifage 
Les  traits  de  ton Jçauoirjuy  durant  In  orage ^ 
Afaistoy  d'ifn  temps  meilleur  hors  de  guerre  &  d'e^roj? 

Adinerue^que  tufiins  triompher  ennemie 
D'ifne  Circequi  lerfeen  nojlreame  endormie 
Lehreuuagedu  vice  &  fon  appajl  trompeur^ 
Ne  me  femble  rien  plus  que  cejle grand'  Princejje^ 
§lui femme  d!ln  grand  Roy  ^  lidee  de ftgejje, 
Rend  le  vice  accablé  du  Jkix  de  fa  grandeur. 

Comme  elle  luitdiuine  en fon  ame  Royale^ 
Comme  elle  a  triomphé d'vne  Circe  inégale^ 
Puiffe-elle eflrebien  tofimere  d'yn  beau TDaujîn: 
Cela feulluy  dejkut  pour  eflre  toute  heureufe^ 
Cela  Jeul  luy  promet  la  fortune  amoureufe 
D'elle  &  de  fes  beaute^j^  compagnes  du  dejlin. 

Billard.  - 
ê.j. 


WffÊ  "Dedans  tes  hauts  protêts  doéîement  recherche^. 
Et  des  vieux  monuments  de  la  Grèce  arrache^ 
Pour  efiouir  nos  Rois  d'vnjj[feflacle/i  rare. 
Les  Scythes  dont  le  cœurd'^vn  rocher fe  r empare 
Sur  Jî  douce  merueille  auroyent  les  jeux  Jiche:(^ 
Et  leurs  cœurs  amollis  ne  Jèrojent pltis  tache:?^ 
T>e  la fieUeufe  humeur  d'ifne fierté  barbare. 
Ta  Circe  (  Beauioyeux  )  ne  me  charme  point  tant 
^lue  les fubtils  deflours  de  ton  Balet^d*autant 
^i£au  celefte  Moly  l'art  de  ta  Circe  cède. 
JMais  en  fi  doux  plaifirs  tellement  ie  me fins 
EnforceUermon  ame^& rauir  tous  mes ficns, 
^Iji  à  grand' peine  Mercurejy  donroit  il  remède. 

AvGVsT,  CosTEVDunoifien. 


E  S  S  o  V  S    voûte  qui  reluit 
T>"yn  efmail  d'a'^r  &  défiâmes j 
Combien  ie  voj  de  belles  ames 
Quynfiaint  T>emon  guide  conduit? 


Il  ny  a  rien  fi  difficile 
^J4e par  leur  trauail honore j 
Lefieclenen fioit  décoré^ 
Monftrant  leplaifir  cir  l'iftile 


tienne  ^mon  cherB  eavioyevx, 
jiutant  ioyeufe  comme  belle ^ 
Par 'y ne  inuention  nouueHe 
Re/iouit  U  terre  &  les  deux: 
T)u  rude  dugrojJter'VHlgatrt 
Par  ton  bon  &Jaintiugement 
Tu  te Jepares  doucement: 
Chafcun  ainfine  le  peut faire. 

Le  temps  quigafle  &  brife  toutj 
Sur^n  fi  riche  &  do6îe  ouurage 
Me  pourra  gangnerauantagCj 
Etiamais  nen  Iferra  le  boutj 
( ê^ue  la  'yertu  ha  de puijfance  [) 
Luy-mejme fe  verra  contraint 
De  garder  If  n  threfi>rfi faint 
Pour  nos fis  c^ui  prendront  naijfance. 

Tant  dt ej^rits  que  Ion  liait  ejj>arsj 
Se  cuidans  heureux  en  ce  monde ^ 
N'ay ans  de  nature Jèconde 
Ny  la fiience  nj  les  arts^ 
Sont  aucunes  en  la  lumière, 
Sontmendians  ayant  dequoy. 
Celuy  quifçaitj  efi  comme  Roy 
^ui  na  point  goujlé  de  mifere. 

A  'vn  dejjèin  haut  eleue, 

lljkutaujjîdes  chofes  hautes. 
jÇfais fi  Ion  commet  quelques fautes j 
Tout  le  monde  en  efi  abreué: 
^uelfiiietfiçauroit-  on  comprendre 
Plusgrand^plus  haut,& plus  noîiueau, 
élue  celuy  qui  ton  auure  beau 


Hautement  ta jnit entreprendre. 

T)e  ton  labeur parfiit& grand 
L'enuieuxne Jçauroitmefdire^ 
Car  tu  n'as  apprefiéâ  rire 
Au  doéîe  ny  a  l'ignorant: 
Mais  parles  traits  de  la  peinture 
Conioints  à  ceux  du  naturel^ 
Ton  ouurage  s'efl  monfiré  tel 
^J4el*arta furmonté  nature. 

Aux  jeux  de  mon  prince  H  e  n  R 
ê^ui  du  Pôle  à  Vautre  contraire 
Ira  Jes  ennemis  desjkire^ 
Efiantdu  haut  ciel fkuory, 
La  Ifertu  en  la  yertu  mejme 
Tu  as  hen Jceu  reprefenter 
Parcelle  que  Ion  voit  porter 
Dejfus  le  chef  If  n  diadème. 

Finement  tu  nom  as  monfiré 
T>eJfoHS  cefie plaijante  efcorce^, 
Quelevicenaplus  defirce 
Efiantde  vertu  rencontre: 
Par  ton  efi^rit  fi  admirable^ 
T>e  la  nuiêltu  fiis  yn  beau  iour^ 
De  l'hjuer  qui  règne  a  fon  tour 
Vn printemps  du  tout  'Variable. 

Tu  nous Jkis  veoirdes  Indiens 
Sans  perd  la  richejje  aimée: 
Et  la  jkçon  tant  eflimee 
T)e  nos  poètes  anciens j 
Les  l^ers  auecques  la  mu/tquCj 
Le  Balet  conjus  mefuréj 


T)emonfirantdu  ciela'^ré 
L'accord parvn  effiéîmyjliq^ue. 

Pour  auoir  expérimenté 

T>es  chofes ^andes  &  diuerjès^ 
Tuas  a  la fnçon  des  Perjes 
Ce  Balet  nouneau  inuenté. 
T>*njne  ame prudente  & parjkitte 
Lon  parjkit  ce  qui  ejl  de  grand: 
Mais  teljruit  rarement Je  If  end: 
Bien-heureux  celuy  qui  tachette. 

Le  prix  quon  donne  au  ^vertueux 
Pour  un  Jt  digne  contrefchangCy 
C'ejl  lor  dvne  Jainte  louange 
^ue  tu  mérites  y  beavioyevx: 
Vn  généreux  t  ou fiours  prêtre 
L'honneur  au  profit  &  au  gain . 
Ce  threjor  plus  diuin  qu  humain 
Puijfes-tu  auoir  pour falairc. 


Alla  gran  virtu  non  fi  puo  dare  altro 
premio  che  lagloriae  lalaude. 


Vol  vsiAN. 


AV  LECTEVR. 

ovRAVTANT,  amy Ledeur,  que  letilcrc&2 
infcription  de  ce  liure  eft  fans  exemple ,  Se  que 
Ion  n'a  point  veu  par  cy  deuant  aucun  Balec 
auoiu  cftéimpnmé,ny  cemot  de  Comique  y 
cftrc  adapté  :  ie  vous  prieray  ne  trouuer  ny  Tvn 
ny  l'autre  eftrange.  Car  quant  au  Balet,  encores  que  ce  foie 
vne  inuention  moderne,  ou  pour  le  moins ,  répétée  fi  loing 
de  lantiquité^quelon  la  puifTe  nommer  telle:  n'eftant  à  la 
vérité  que  des  meflanges  géométriques  de  plufieurs  per- 
fonnes  danfans  enfemble  fous  vne  diuerfe  harmonie  de  plu- 
fieurs inftruments  :  ie  vous  confefTe  que  Amplement  repre- 
fenté  par  Timpreffion ,  celaeuft  eu  beaucoup  denouueau- 
té ,  ôc  peu  de  beauté ,  de  reciter  vne  fimple  Comédie  :  auflî 
cela  n'euft  pas  efté  ny  bien  excellent,ny  digne  d'vne  fi  gran- 
de Royne ,  qui  vouloir  faire  quelque  chofc  de  bien  magni- 
fique &:  triomphant.  Sur  ce  ie  me  fuis  aduifé  qu'il  ne  feroit 
point  indécent  de  méfier  l'vn  de  l'autre  enfemblémenta^:  di- 
uerfifier  la  mufique  de  poefiej&:  entrelacer  la  poefie  de  mu- 
fique,&:  le  plus  fouuent  les  cofondre  toutes  deux  enfemble; 
ainfi  que  l'antiquité  ne  recitoit  point  fes  vers  fans  mufique, 
&:  Orphée  ne  fonnoit  iamais  fans  vers.I'ay  toutesfois  donné 
le  premier  tiltre  &  honneur  à  la  dance^&  le  fécond  à  la  fub- 
fl:âce,que  i'ay  infcritc  Comique,pius  pour  la  belle,trâquille, 
&:  heureufe  conclufion  où  elle  fe  termine,  que  pour  la  qua- 
lité des  perfonnages^qui  font  prefque  tous  dieux  &:  deefles, 
ou  autres  perfonnes  heroiques.  Ainfi  i'ay  animé  &:  fait  par- 
ler le  Balet,&:  chanter  &  refonner  la  Comédie:  Scyad- 
iouftant  plufieurs  rares  &c  riches  reprefentations  orne- 
ments 5  ie  puis  dire  auoir  contenté  en  vn  corps  bien  propor- 
tionnéj'œiljl  oreille,  &  l'entendement.  Vous  priant  que  la 
nouueautéjOu  intitulation  ne  vous  en  face  mal  iuger:  car  e- 
ftant  l'inuention  principalemêt  compofce  de  ces  deux  par- 


ties,  ie  ne  pounois  tout  attribuer  au  Balet/ans  faire  tort  à  la 
Comédie,  diftinaemcntreprefentecparfesfcenesô'^  ades; 
ny  à  la  Comédie  fans  preiiidicier  auBalet,  qui  honore,  ef- 
gaye  èc  remplit  d'harmonieux  récits  le  beaufens  delà  Co- 
médie. Ce  que  m  eftant  bien  aduis  vous  auoir  deu  abon- 
damment inftruirede  mon  intention ,  ie  vous  prie  auffi  ne 
vous  effaroucher  de  ce  nom,  &:  prendre  le  tout  en  auffi  bo- 
nc  part,  comme  i  ay  defirc  vous  fatisfaire  pour  mon  regard. 


BALET  COMIQ.VE 

de  la  Rojne. 


E  R  o  Y  ayant  conclu  &rarrcfté 
le  mariage  d'entre  monfieur  le 
Duc  de  loyeufe  Pair  de  France, 
&rmadamoyfelle  de  Vaudemonc 
fœur  de  la  Royne:deIibera  folen- 
niferlesnopceSjde  toute  efpece 
de  triomphe  &  magnificence  ,  à  fin  d'honorer 
vne  fi  belle  couple,  félon  fa  valeur  &  mérite.  Pour 
ceftefFedtoultre  l'appareil  des  riches  habits  ^  déli- 
cieux feftins,  &  fbmptueufes  malcarades,  fa  ma- 
iefté  ordonna  encores  diuerfcs  fortes  de  courles, 
&  fuperbes  combats  en  armes  ^  tant  à  la  barrière 
comme  en  lice ,  à  pied  &  à  cheual ,  auec  des  balets 
auffi  à  pied  &c  à  cheual ,  prattiquez  à  la  mode  des 
anciens  Grecs^  &  des  nations  qui  font  auiourdhuy 
les  plus  efloignees  de  nous  :  le  tout  accompagné  de 
cocerts  de  mufiques  excellentes  &  non  encores  ia- 
mais  ouyes  -.faditte  maiefté  ne  voulant  rien  omet- 
tre de  ce  qui  pouuoit  entretenir  de  plus  agréable 
varieté,la  grande  &  illuftre  copagnie  qu'elle  auoit 
faiét  conuier  àcesnopces.  Tous  lefquels  dclTeins 
ont  efté  depuis  exécutez  auec  vne  grande  admira- 

A.j. 


BALET    COMI  E 

tion  &  mcrueilleux  eftonnemenc  des  afliftans:qui 
commencèrent  deflors  à  adioufter  foy  aux  magni- 
ficêces  &  triomphes  faits  enfemblables  occurren- 
ces ,  es  courts  des  plus  grands  Roys  &c  Empereurs, 
recitez  par  les  anciens  Romains^come  eftans  beau- 
coup moindres  en  toutes  leurs  parties ,  que  ceux 
dont  ils  auoyent  le  plaifir  &  contentement.  Mais 
en  tous  ces  adles  publics,  &  principalement  des 
exercices  militaires, ce  grand  Roy  par  le  commun 
confentement  des  Ambafladeurs ,  a  acquis  autant 
de  prix  &  de  vidoire  fur  les  princes  &  feigneurs  de 
fon  royaume  j  comme  il  eft  né  de  foy-mefme  auec 
plus  de  gloire  &  grandeur  :  fe  faifant  en  cela  décla- 
rer vrayment  digne  du  nom  de  Roy  y  que  Cyrus 
difoit  appartenir  feulement  à  celuy ,  qui  en  toutes 
chofes  vertueufes  &  louables  excelloit  ceux  fur 
lefquels  il  pouuoit  commander.  En  ce  poin£t 
toutesfois  les  fpcitateurs  font  demeurez  en  per- 
plexité de  pouuoirauvrayiuger^  fi  les  deffeins  de 
fa  maiefté  ont  efté  plus  grands  pour  honorer  la  fb- 
lennité  des  nopces ,  que  n'a  efté  la  voloté  des  prin- 
ces &  feigneurs  pour  les  promptcment  exécuter. 
Car  comme  c'eft  Tordmaire  de  fa  maiefté ,  de  def- 
feigner  chofes  grandes,  il  femble toutesfois  que 
leffeâ:  de  (es  haultcs  coceptions  ne  luy  peult  tour- 
ner à  fi  grande  réputation,  comme  la  grande  dcf- 
penfe  que  volontairemét  faNobleffe  a  faitte(pour 
luy  complaire  &  obeïr  )  mérite  de  louange.  Ayant 
fai6t  paroiftre  par  fes  deportemens ,  combien  elle 
feroit  prodigue  du  refte  de  fes  biens  Se  de  fa  pro- 
pre vie^  ou  il  fagiroit  delaconferuation  de  cefte 


DE    LA    ROYNE.  t 

couronne,  &  de  (on  eftac. 

OrlaRoyne  voyant  tant  de  preparatiffe  faire 
|)our  honorer  le  mariage  de  fa  rœur,&:  que  chacun 
ai  enuy  &  à  qui  mieux  mieux  fc  mettoïc  en  deuoir 
pour  y  donner plaifir  &  contentement  auRoy,à 
la  Royne  fa  mere^ô^  à  cîle, voulut  bien  de  fa  part  fe 
difpoferàfaire  chofe  qui  fuit  digne  de  fa  maiefté. 
Et  pource  qu'elle  me  fait  ceft  honneur  de  n'auoir 
point  defagrcables  les  muentions  que  ie  propofc 
quelquefois  en  femblables  matières  :  elle  m'en- 
uoya  querireumamaifon^d  où  ie  partis  inconti- 
nentpourme  rendreàfespieds,  &  luy  faire  tref- 
humbleferuice.  Dés  que  ie  fus  arriué  à  la  Cour^fa 
maiefté  prin  t  la  peine  de  me  faire  entendre  vnebo- 
ne  part  des  appareils  ia  ordonnez3&  me  comman- 
da luydreflèr  quelque  deflein, qui  ne  cedaftaux 
autres  préparatifs ,  f  uft  en  beauté  de  fuieâ: ,  ou  en 
l'ordre  de  la  coduide  &  exécution  de  lœuure^du- 
quel  elle  difoit  fe  vouloir  mefler^  &  eftre  mefme 
de  la  partie  :  à  fin  que  la  fefte  en  eftant  ornée  &  ho- 
norée dauantage,  elle  feift  cognoiftre  aullî  à  vn 
chacun  qu'elle  ne  cedoit  à  perfonnecn  affedion 
&  volonté  en  ucrs  ceux,  pourlefquels  cefdits  pré- 
paratifs eftoyent  dreflez. 

Apres  auoir  receu  ce  commandement  fi  exprés, 
ie  me  retiray  auflî  toft,à  fin  qu'cfloign  é  du  bruit  de 
la  Cour,i  eufle  moyen  auec  plus  de  repos  &  liberté 
d  elprit^  fatisfaire  à  la  volonté  &  intention  de  fa 
maiefté.Enquoy  ayant  tenté  toutes  mesforces  par 
quelques ioursj  finablementie  marreftay  fur  le 
defTcin ,  qui  depuis  a  efté  mis  à  exécution  :  lequel 


BALET  COMIQJV-E 

ayant  rédigé  par  efcript^ie  retournay  auflî  toft  en 
Cour,le  prefentcr  à  la  Roync,à  fin  de  fçauoir  de  fa 
maiefté ,  fi  elle  auoit  efté  feruie  de  mon  labeur  &c 
induftrie  à  fon  gré  &:  contentement.  Saditte  maie- 
fté m'en  ayât  deflors  faid:  lire  le  difcours^en  la  pre- 
fence  de  plufieurs  princeflTes  ôc  dames  qui fe  trou- 
uerent  près  d'elle:  &:  mon  œuure  ayant  efté exa- 
miné^faditte  maiefté  me  commanda  de  prompte- 
ment  l'exécuter.  Surquoy  ie  luy  remonftray  que 
mon  deflfein  eftoit  copofé  de  trois  parties ,  fçauoir 
des  poëfies^qui  deuoyent  eftre  recitees:de  la  diuer- 
fîté  de  mufiquesjquideuoyent  eftre  chantées;  &  de 
la  variété  des  chofes^qui  deuoy  et  eftre  reprefentees 
par  la  peinture.  Quepourlapoefie^^ie  cognoiflois 
aflez  ma  petite  portee^&  qu'à  la  vérité  i'auois  aufli 
inféré  des  vers  en  mon  difcours^non  pas  pour  eftre 
récitez^  mais  pour  feruir  de  proied  feulement  à 
quelque  dode  &  excellent  poète  d'en  faire  d'au- 
tres ,  dignes  d  eftre  prononcez  en  vne  fi  grande 
compagnie  Ôc  afliftance^  comme  celle  qui  deuoit 
eftre  honorée  de  tant  de  maieftez^&  des  plus  grâds 
&  rares  efprits  de  ce  fiecle.  Auflî  que  pour  la  mu- 
fîque,  la  diuerfîté  y  eftoit  fi  neceflaire ,  qu'il  me  fe- 
roit  impoflîbley  pouuoir  fatisfaire  ôc  refpondre 
auec  le  peu  de  temps  qui  me  reftoit  :  moins  enco- 
res  à  reprefenter  par  la  peinture  les  chofes  necef- 
faires.  Ne  pouuant  donc  fournir  à  toutes  lefdides 
trois  parties  enfemble ,  ie  fuppliay  treshumble- 
ment  (a  maiefté  de  donner  la  charge  des  poefies, 
mufiques  &:  peintures  3  à  perfonnes  qui  peuffent 
dignement  f  en  acquider.  Et  lors  fa  maiefté  ayant 


« 


DELAROYNE^  3 

mis  en  confîcleration  ce  que  i  auois  propofé,  à  fin 
quelle  demeuraft mieux feruie^  &  plus  contente 
enlexecution  delœuure:,  commanda  au  Heur  de 
la  Chcfnaye  AumofnierduRoy^faire  les  po'éfîes 
félon  les  fuiets  que  ie  luy  baillerois.  Elle  comman- 
da pareillemét  au  fieur  de  Beaulieu  (  qui  eft  à  elle) 
qu'il  fift  Ôc  dreffaft  en  fon  logis  tout  ce  qui  fe  pou- 
uoit  dire  de  parfai6t  en  mufique/ur  les  inuentions 
qui  luy  feroyent  par  moy  communiquées ,  fer« 
uans  au  fujed:  de  la  ma  tiere.  En  quoy  il  s  eft  fi  heu- 
reufement  comporté  ^  que  luy  (  que  les  plus  par- 
faids  Muficiens  difent  exceller  en  ceft  art)s'eft  fur- 
montéluy-mefme rayant  efté  fecouru  toutesfois 
des  Muficiens  delà  chambreduRoy ,  &  fpeciale- 
ment  de  maiftre  Salmon ,  que  ledid:  de  Beaulieu 
&  autres  de  telle  fcicnce  eftiment  à  bon  droiét 
beaucoup  en  fon  art.  Au  regard  des  peintures, 
i'employ  ay,  par  comandement  de  la  Royne,  mai- 
ftre lacques  Patin  ^  peintre  du  Roy  :  qui  s'eft  aufii 
Iieureufement  acquitté  deceftc  charge  ^qu  autre 
peintre  de  ce  Royaume  euft  fceu  faire  :  ayant  efté 
la  befongne:>  bien  que  difficile  y  rendue  en  peu  de 
iours,  felo  la  neceffité  precife  que  nous  en  auions. 
Les  œuures  Se  efFe£ls  des  perfonnages  cy  deffus 
nommez,  leur  auoyét  laifsé  alTcz  de  louage  enuers 
les  perfonnes  d  entendement ,  fans  qu  ils  eulTent 
befoing  d Vne  tant  infertile  plume  que  la  mienne: 
toutefois  ie  n  ay  peu  ny  deu  lupprimer  ce  qui  leur 
appartenoit:  par  ce  que^oultre  que  ce  qui  eft  loua- 
ble doit  eftre  toufiours  exalté  &  prifé,  ie  craignois 
auffi  que  taifant  le  mérite  de  ceux  defquels  i  ay  efté 


BALET  COMIQUE. 

contrainâ:  me  feruir ,  ils  ne  peuflenr  m^accufer  lé- 
gitimement de  vouloir  m  accommoder  des  plu- 
mes d'autruy^àleurpreiudicercome  chacun  ett  ia- 
loux  de  côferuer  les  rruids  de  fon  iardin.Car  moy- 
mefme^qui  fuis  ignorant  des  loixjfçaurois  bien  re- 
chercher celles  qui  ont  efté  introduises  contre  les 
plagiairesjfî  quelqu  vn  vouloit  eftre  larron  de  mes 
propres  inuentiôs,  lefquelles  i  eftimeray  toufiours 
m'eîlre  treshonorables ,  puis  qu'elles  ont  pieu  à  la 
plus  grande  Royne  du  monde.  D'ailleurs^  ie  peux 
aufli  participer  quelque  chofeà  llionneur  quils 
ont  j  puis  que  i'ay  fceu  cognoiftre  leur  fuffifance^ 
laquelle  ils  ont  voulu  employer  pour  le  feruice  de 
la  Royne/ur  mes  fuieds  &  inuentions  :  qui  pour- 
ront a  uoir  plus  de  grâce ,  &  eftre  plus  naïfucment 
reprefentez ,  fi  premièrement  par  leis  peintures  & 
defcriptions  ie  fay  veoir  les  préparatifs  &  appa- 
reils que  ie  fey  drefferen  la  grande  falle  de  Bour- 
bon 3  lieu  ou  mefdittes  inuentions  ont  cfté  exécu- 
tées &  mifes  à  efFed. 


BALET  COMI^VE 

Premièrement  il  Ce  faut  reprcfcnter  qu  a  lentour 
deladittcfalley  adeuxgalleries  1  vne  lurraucrCja- 
uec  des  accoudouers  &  baluftrcs  dorez  :  &  à  vn  ' 
bout  de  ladidtc  fallc  qui  regarde  au  Icuant,  vous 
voyez  vndemy  théâtre.  Là  îc  fty  faire  vnDez  près 
de  terre ,  ayant  trois  degrez  de  haulteu  r ,  tout  de  la 
largeur  de  la  falle^  pour  feruir  feulement  d'aflîettc 
aux  fïeges  du  Roy,  Royne  fa  mere, princes  &r  prin- 
cefTes  :  au  deuantduquel  dez^dvn  &d*autreco- 
fté,yauoic  deux  places  deftinecs  pour  IcsAmbalTa- 
deurs  ;  &  derriere^quarante  efcaliers  de  bois^de  pa- 
reille largeur  que  la  falle,allans  &  montans  iufques 
à  la  première  des  galleries ,  qui  feruoy  cnt  de  ficgc 
pour  les  dames  &  damoy  fclles  de  la  Court:plus  au- 
tour du  bas  delafalle,y  auoit  des  efcaliers  de  bois^ 
qui  fc  hauflbyent  iufques  aux  galleries  d'en  hault. 
A  main  droiilc  ^  du  colle  queftoit  la  majeftcdu 
Roy,  &  au  milieu  de  la  falle,  fut  drefle  vn  petit 
bocage  j  contenant  dixhuid:  pieds  de  longueur. 
Se  douze  de  largeur,  facré  à  Pan  dieu  des  pafteurs: 
&  eftoit  ce  bocage  cfleué  de  terre  pied  &  demy, 
&  en  perfpediue,  plus  hault  derrière  que  deuant^ 
y  ayant  tout  àl*cntour  de  fort  beaux  chefnes  e- 
floignezdedeux  pieds,  defquclsles  troncs,  bran- 
chages, fueilles  &  glands  eftoyent  dorez ,  &:  faidls 
par  vn  fingulier  artifice:  en  la  diftancc  de  ces  ar- 
bres y  auoit  de  petites  niches,  pour  y  alTcoir  les 
Nymphes  Dryades, lors  quil  faudroit  quellesfy 
rtprcfentalTcnt.  Derrière  le  bocage,  tour  contre  la 
muraille  iefey  dreflcr  vne  grotte,  auffi  fombre  que 
le  creux  de  c^tielquc  profond  rocher  :  laquelle  re- 

luyfoit 


DELAROYNE,  5 

luyfoit  &efcIairoitparclehorSjComme  fi  vn  nom- 
bre infiny  de  diamans  y  euft  efté  appliqué ,  eftanc 
d'ailleurs  accommodée  &embellicd'arbres,  &  re- 
ueftu  ë  de  fleurs ,  parmy  lefquelles  on  voyoit  des  le- 
zars  &  autres  belles  fi  proprement  reprefèntees, 
qu  on  les  euft  diâ:  eftre  viues  &naturelles.Le  fond 
de  ce  bois  fe  voyoit  aufli  tapifsé  dlierbes  &  fleurs, 
ôc  dVne infinité  de  connils  parmy  ,  courans  fans 
cefTe  d  vn  bout  à  autre  de  fes  extremitez.  Au  mi- 
lieu duquel  à  lobiedl  de  cefte  grotte, fut  faitte  V- 
ne  motte  de  terre  j  qui  prenoit  fa  leuee  au  pied 
d'icelle  grotte:  fur  laquelle  eftoit  aflîsle  Dieu  Pan 
veftu  en  Satyre  ^enuelopédVn  mandillet  de  toile 
d'or^ayant  vne  couronne  d  or  fur  fa  tefte^&  tenant 
en  fa  main  gauche  vn  bafton  noiiaillcux  &  efpi- 
neux,  &  en  la  droite  fes  flageolets  ou  tuyaux  dorez, 
defquels  il  deuoit  fonner  en  temps  ordonné.  Au  de- 
dans de  la  grotte ,  &  derrière  l'huys  d'icelle  j  fut  di- 
fpofeelamufique  des  orgues  doulces^pour  iouër 
aufli  en  temps  &  lieu  :  d'ailleurs  tous  les  arbres  du 
bois  furent  chargez  de  lampes  à  huile,  faides  en  fa- 
çon de  petites  nauires  dorées  d'or  de  ducat,  la  mè- 
che defquelles  faifoit  voir  la  clairté  de  toutes  parts. 
Carie  bois  eftoit  voilé  d'vn  rideau  faidt  auec  tant 
d'artifice,  qu'au  lieu  de  feruir  dempefchcment  & 
obfcuritéàla  chofe,feruoitau  contraire  de luftre, 
pour  reprefenter  plusnaïfuement  le  dedans  de  tout 
le  contenu  au  pourpris  de  ce  bocage  :  vis  à  vis  du- 
quel ,  à  la  main  feneftre  du  fiege  du  Roy ,  fut  faide 
vne  voulte  de  bois,  longue  de  dixhuid  pieds,  &c  de 
neuf  delarge,ayantparle  deuant  fon  ouuerture  de 

.  B.j. 


BALET  COMIQJV^E 

rrois  pieds  feulement  de  long  :  au  dehors  elle  eftoic 
bouillonnee  par  tout  de  grands  nuages,  &  au  de- 
dans toute  dorce  d Vn  or  efclattant  &  reluyfant^ 
à  caufe  de  la  grande  quantité  de  lumières  qui  y 
cftoit  cachée  ^  feruant  à  faire  refplendir  de  telle 
forte  Tor ,  que  ce  lieu  paroiflbit  quelque  partie 
du  ciel  azuré.  Au  dedans  de  cefte  voulte  y  auoic 
dix  concerts  de  mufîque ,  difFerens  les  vns  des  au- 
tres: &  fut  cefte  voulte  diile  &  appelée  Dorée ,  tant 
à  caufe  de  fa  grande  iplendeur ,  que  pourlefon  & 
harmonie  de  la  mufîque,  qui  y  fut  chantée  :  la- 
quelle pour  fes voix repercuflîues ^ aucuns  de  laf- 
lîftance  eftimerent  eftre  la  mefme  voix  qui  fut 
conucrtie  en  air  repercuflif,appelé  depuis  Echo:  & 
d'aultresplusinftruits  en  la  difcipline  Platonique, 
leftimerent  eftre  la  vraye  harmonie  du  ciel ^  de  la- 
quelle toutes  les  chofes  qui  font  en  eftre^font  cofer- 
uees  &  maintenues.  Entre  le  bois  &  la  voulte  fufdit- 
te,&  au  fefte  de  lafalle,y  auoit  vne  grofle  nuee  tou- 
te pleine  deftoilesrla  lueur  defquelles  traniperçoit 
lenuage,parmy  lequel  deuoyent  defcendre  en  ter- 
re Mercure  &  lupiter. 

A  l'autre  bout  de  la  fâlle  à  loppo/îte  du  Roy/ut 
fai6tvn  iardin  artificiel  ^aflis  au  milieu  de  lafalle, 
feftendantfurledeuant  en  largeur  de  trois  toifes, 
&  auderriere  dedouze  pieds,  efleué  déterre  aude- 
uant  dVn  pied,  &:  au  derrière  de  trois  en  perfpedi- 
ue.  Ce  iardin  fut  tout  enclos  d  accoudoirs, auec 
des  baluftres  dorez  d  or  de  ducat ,  &  d'argent  bru- 
ny  ^  &  party  en  croix  auec  deux  allées  vertes  :  donc 


DE    LA  ROYNE. 


chacun  des  quarrez  auoit  fes  bordures  ^IVne  de 
lauande  5  l'autre  dafpic,  la  troifîeme  de  rofma- 
rin,&:  la  quatrième  de  faulge.  Le  parterre  de  ces 
quarreaux  eltoit  embelli  de  toutes  diuerfitez  de 
fleursj&rauffi  de fraizes,  concombres , melons ^  & 
autres  petits  fruits  venans  par  terre.  Et  aux  deux 
codez  de  ce  iardin  on  voyoit  des  arbres  frui6tiers 
rares  &  exquis^ comme  orangers, grenadiers, ci- 
tronniers pommiers:  &  chafcun  defdids  ar- 
bres eftoit  chargé  de  frui£ts  en  abondance ,  auec 
la  mefme  grâce  &  plaifir,  que  la  nature  donne  es 
chofes  qu  elle  produit  :  le  tout  eftant  contrcfai£t 
d'or:»  d  argent ,  foyes^  &:  plumes  des  couleurs  y  ne- 
ceflaires.  Ce  iardin  reflembloit  encores  de  tant  plus 
beaUjComme  il  eftoit  voulté  par  deflTusd'vne  gran- 
de treille,  de  laquelle  on  voyoitpendre  de  tous  co- 
ftez  de  beaux  &  gros  raifîns ,  fi  artificiellement  faits 
que  les  plus  aduifez  les  prenoyent  pour  naturels, 
&  la  nature  mefme  fembloit  f  eftonner  de  l'artifi- 
ce. Au  hault  de  cefte  treille,  au  deuant  du  iardin,  fè 
voyoit  vn  grand  foleil  d'or  de  ducat  bruny ,  auec 
fes  rayons  dorez  ^  lefquels  on  euft  diâ:  propre- 
ment feruir  de  caufè  à  la  génération  de  ces  fruidls, 
&  autres  chofes  reprefentees  au  naturel.  Au  der- 
rière du  iardin  ^y  auoit  encôres  deux  grofTes  tours 
aux  deux  coftez,dont  les  pierres  eftoyent  faides 
en  poindcs  de  diamans,&  crénelées  à  l'entour, 
&  fur  les  feftes  on  voyoit  voleter  de  belles  &  ri- 
ches banderolles.  Encores  entre  ces  deux  tours  e- 
ftoic  la  muraille  du  chafteau  arrnee  de  fes  cré- 
neaux &:  defenfes:puisaubas  &  au  milieu  delà  por- 

B.ij. 


BALET  COMIQUE 

te  du  chafteau ,  qui  fortoit  pied  &:  demy  hors 
d'œuure ,  fe  voyoit  vne  voulte  tout  à  lentour  ^  fai- 
£te  en  façon  d'vne  Conche  ou  efguille  de  mer,&  le 
plus  beau  de  cefte  voulte  paroiflbit  en  ce  qu'elle 
cftoit  toute  percée  de  trous  ronds.bouchez  de  ver- 
res de  toutes  fortes  de  couleurs  :  derrière  ces  verres 
reluifoyent  autant  de  lampes  à  huile^  lefquellesre- 
prefentoyent  en  ce  iardin  cent  mille  couleurs  ^  par 
la  tranfparance  du  verre.  La  porte  eftoit  aulTire- 
ueftue  d*or ,  &c  de  peintures  diuerfement  colorées^ 
fî  bien  qu'elles  efblouyflbyent  la  veuë  des  regar- 
dansj  qui  nepouuoyent  neantmoins  iugerla  caufe 
de  la  lueur,  &  moins  de  la  diuerfité  defdides  cou- 
leurs reprefentees.  Au  derrière  de  la  muraille  on 
voyoit  vne  ville  en  perfpediue:,  &  des  clochers  au 
milieu  :  &  eftoit  le  tout  difpofé  de  telle  forte  ,  &c 
auec  tel  artifice  qu'on  pouuoit  iuger  leftre  des 
rues  j  &  des  champs  de  bien  loin.  Dehors  le  iardin 
&  à  fes  deux  coftez  y  auoit  deux  treilles  voul- 
tees^ayans  quinze  pieds  de  largeur  &  vingtqua- 
tre  de  hauteur  ^  auecfueillages  ôc  raifins  trefbeaux 
&  contrefaits  au  naturel:  &  eftoit  ce  lieu  plus  re- 
marquable 3  d  autant  qu'il  falloir  que  par  iceluy 
pairaffcnt  les  mufîques  des  intermèdes ,  &les  cha- 
riots, qui  s'alloyent  prefenter  deuant  le  Roy.  Or  ce 
iardin  eftoit  le  vraylieu  oufaifoit  fon  feiour  Circé 
cnchanterefFe, laquelle  eftoit  aflîfe  fur  laportedu 
chafteau,veftued  Vne  robe  d'or,  de  deux  couleurs, 
cftofFee  par  tout  de  petites  houppes  d'or  &  de 
foye,&  voy lee  de  grands  crefpes  d'argêt  &  de foye: 
fes  garnitures  de  tefte ,  col  de  bras ,  eftans  merueil- 


DE    LA    ROYNE.  7 

Iciifemenc  enrichies  de  pierreries  &  perles  d'incfti- 
xnable  valeur: en  fa  main  elle  porroic  vne  verge 
d  or  de  cinq  pieds,  tout  ainfî  que  l'ancienne  Circé 
en  vfoit ,  lors  que  par  l'attouchement  de  cefte  ver- 
ge elle  conuerciflbit  les  homes  en  beftes^  &  en  cho- 
ies inanimees.Cefte  Circé  tant  illuftree  par  les  Poe- 
tes,eftoit  reprefenteepar  la  damoyfellede  fainde 
Merme/aifant(come  auons  did)  fa  demeure  en  ce 
iardin,  dans  lequel  cftoyent  cent  flambeaux  de  cire 
blanche  3  rendans  telle  lueur  &lufi:re  (tantàlafee 
qu'au  iardin)  que  les  yeux  de  l'afïîftance  en  dc- 
meuroyent  tous  efblôuys  :  d  ailleurs  le  nombre  in- 
fîny  de  flambeaux  qui  ettoyent  au  delfus  delà  falle 
&  tout  à  l'entour^donnoit  telle  &  fi  grande  clairté^ 
qu'elle  pouuoit  faire  honte  au  plus  beau  &  ferein 
iour  de  l'année. 

Or  le  quinziefme  06tobre^  qui  eftoit  le  Dimen- 
che^iour  deftiné  pour  reprefenter  fbuz les  prépara- 
tifs cy  deffus  declarez^le  fu  jet  qui  s  enfuy  t.Commc 
chacun  defiraft  repaiftre  fes  yeux  des  chofes^que  le 
bruit  &  renommée  commune  auoit  ja  efuété  pour 
bien  grandes,  mais  non  pas  toutesfoispour  fi  ma- 
gnifiques,  fuperbes  &  admirables,  qu'elles  ont 
efté  iugees  en  leur  exécution  :  &  toute  perfonne 
curieufe fuft pouffee de defir de  voir lemploy  de  fi 
grands  &c  magnifiques  appareils,  on  veit  dés  la 
poin6le  du  iour  aborder  &  affluer  toute  forte  de 
peuple  à  toutes  lesportes  de  la  falle  :  lefquelleSjbien 
qu  elles  fiiflènt  défendues  cllroidement  par  les  ar- 
chers des  gardes  duRoy,  Lieutenans  &  exempts, 
qui  ne  donnèrent lentree  qu'à  perfonnes  de  mar- 

B.iij. 


BALET  COMIQJ^E 

que  &  cogneuës  :  neantmoins(lors  que  le  Roy  ac- 
compagné de  la  Roy  ne  la  mere^des  princes  &  prin- 
ceflesjfeigneurs  &  dames  de  fa  courte  entrèrent  en 
la  falle)  on  remarqua  facilement  qu'il  y  auoit  de 
neuf  à  dix  mille  fpeétateurs  aflemblez. 

Leurs  maieftez,  princes^,  princefles ,  feigneurs  &c 
dames  j  Embafladeurs  des  Roys  &  princes  eftran- 
gers  3  affis  es  places  &  lieux  préparez  pour  chafcun 
d  eux,felon  le  rang  cy  defliis  declaré:fur  les  dix  heu- 
res du  foir,le  filence  ayant  efté  impofé^on  ouit  aufli 
toft  derrière  le  châfteau  vne  note  de  hauts-boys, 
cornets^  facquebouttes^  &  autres  doux  inftrumens 
demufique  :  defquels  l'harmonie  eftant  ceflee^Ie 
fîeur  de  la  Roche  (  gentilhom.me  feruant  de  la 
Roy  ne  mere  du  Roy,  bien  &  proprement  habil- 
lé de  toile  d'argent, &  ayant  fes  habits  couucrts 
de  pierreries  &  perles  de  grande  valeur)  fortant 
du iardin de Circé^  courut  iufques  au  milieu  delà 
falle ,  où  arrefté  tout  court,  tourna  tout  eifrayé  le 
vifage  du  cofté  du  iardin  pour  voir  fi  Circé  len- 
chanterelïè  le  pourfuiuoit.  Et  ayant  veu  que  per- 
fonne  n  accouroit  après  luy^il  tira  de  fa  poche  vn 
mouchoir  ouuréd  or,  duquel  il  s'efTuya  le  vifage, 
comme  s'il  euft  fué  d'ahan  ou  de  frayeur  :  puis  fe- 
ftant vn  peu  r^ffcuxé ,  &  ayant  comme  prins  halei- 
ncjil  marcha  au  petit  pas  vers  le  Roy  :  &  après  auoir 
faidt  vne  grande  reuerencc  à  fa  majefté ,  commen- 
ça auec  vne  adion  afleuree,&  vn  lâgagc  reffentanc 
vne  fage  eloquence^de  parler  ainfi  que  s  enfuit. 


DE    LA  ROYNE. 


8 


HARANGVE  DV  GENTIL- 
HOMME FVGITIF, 

ovsiovRs  quelque  malheur jktalement 
s'opfjojl^ 

Contre  ce  que  le  Ciel.jkuorahle^  diJ^oJL^ 
D'enuoyer  aux  mortels l'home  qui  coçoit 
Trop  grand  dejîr  du  bien, par  hj^oirfe  déçoit. 

le  youlois  le  premier  annoncer  la  nouueUe^ 
ê^uelafaifonde  fir  inhumaine  &  cruelle^ 
Changeoit  en  meilleur  Jtecle^& que  les  Dieux  yenojentj 
^jii  auecque  Saturne  au  monde Je  tenojjent^ 
Familiers  des  humains  demeurer  en  la  France^ 
Pour  l  orner  a  iamais  de  paix  &  d'abondance. 
Jïdais  qu'ay-ierencontreio  Dieux!  )  en  approchant? 
Dieux  !  deftourne^e  maldejjus  fin  chef  méchant. 

Ce  nefloit  ynefimme  :  'y ne  qui  l'air  rejj^ire^ 
N'a  point  tant  de  beautéj  &Jina  point  tant  d'ire. 
Dans  fis  jeux  egare'^vn  fileil  reluifiitj 
Yeux  ou  ï Amour  cache  fies  traits  d'or  aiguifiit^ 
Son  teint  efloit  de  lys  &  de  pourpre  de  rofie: 
Mais fous  tant  de  beauté  la  poifion  efioit  clofi^ 
Du  mielj^qui  de  fi  bouche  en  paroles  coulait^ 
Pour  amorcer  le  cœur  de  ceux  quelle  njouloit. 
Si  tofique  ie  la  "vey  Je  vey  prefique  ma  "V/o 
Auecma  liberté  tout  au ff  toft  rauie. 
Elle^de fis plaifirs  qui  eut  quelque fioucij 
Cheminant deuersmoj  me  -vint  parler  ain fi: 

K^rrefie^Cheualier^ne  crain  point t  approche^ 


BALET  COMIQJV-E 

Et Jt  tu  n'as  le  cœur fkiflde  hok  ou  de  roche  y 

Cède  Jansre/Ifler^cedeauxloixdeceT)ieUy 

De  cejl  archer  ailé  qui  domine  en  toutlieUy 

A  qui  (peutefire)  en  'vain  tu  jèrois  refiflance: 

Car  il  domte  les  Dieux  fubiets  â  fa puijjanccy 

jiinjtque  maintenantes  traiéîs  aigus  ie fens^ 

Et  de  tes  jeux  vaincue  à  toy  feul  ie  me  rens. 

le fçay  que  ie  ne  fuis  indigne  d'eflre  aimée  y 

Moy  Circe  en  tous  endroits  par  mes  arts  renommée^ 

Xidoy  qui  me  peux  des  Rois  les  fceptres  affcruiry 

Aïoj  qui  des  hommes  peux  la  volonté  rauir^ 

^ui  change":^  de  leurs  corps  en  forme  monflrueufè 

Soujfrentcommeilmeplaifimaprtfon  rigoureufe: 

Et  dedans  mon  palais  fkiêl  de  marbre  quarré^ 

Pauêde  diamant  ypar  le  plancher  doré  y 

Plein  de  meuble  orgueilleux  pour  mon  commun  'vfagfy 

le  me  fers  feulement  de  Nymphes  au  mefnage. 

Nymphes  race  des  boiSy&des petits  ruijfeauxj 

Et  desfleuues  profonds  qui  fint  couler  leurs  eaux 

Au  giron  de  la  mer de  leurs  flots  efueiUent 

Les  Néréides  feursquiche'^Tethjs  fommeillent: 

le  ne  veux  de  ma  Iferge  en  monflre  te  former^ 

Tu  as  quelque  dejlin  qui  me  force  à  t' aimer ^ 

Vien  pojfeder  mes  biens /yfe  de  mes  richeffèsy 

Et  tout  ainjt  que  moj  fers  toy  de  ces  deejjès. 

lefuiuy  :  cariln  eft  de  plus puiffant  lien 
^ue  Tapprehenfion  des plaijirs  &  du  bien. 
Là  ie  Ifiuois  heureux  (  f  heureux  fe  doit  dirt^ 
Celuy  par  les  plaifrs  qui felaife  conduire) 
êluand  l^n  mauuais  T)eflinfDeflin plein  de  rigueur ^ 
T>e  haine  &  de  foupçon  enuenima  le  cœur 

De  Circe 


DE    LA    ROYNE-  ^ 

De  Circe  en  vn  moment  contre  moy  coniuree^ 
Qui^mejrapalefeindeja'yergedoree, 
Et  en  corps  de  Lyon  mes  membres  transfirma^ 
Et  entre  fes  troupeaux  dans  Ifn parc  m'enfirm^: 
Mais  quelque  occafion  adoucit  la  forciere 
Qmm'a  fkiéî  retourner  en  ma firme  première. 
Or  pour  ne  retomber fous  fes  cruelles  loix 
[êlmofeje  fier  aux  charmes  tmt  de fiis?) 
Taj  "voulu  me  fiauuer  tandis  quelle  efi  montée 
Au  fi  fie  d'vne  tour  de  foupçon  agitée j 
^jii  la  fiiit  défies  arts  défia  fi  desfierj 
Où  elle  va  de  loin  les  njmphes  efiier^ 
Afin  de  les  charmer  par  magique  eau  telle 
Et  les  garder  de  njoirceKojyqui  les  appelle 
Dedans  vn  temple  en  France ^.auec  les  autres  dieux 
^jii  le  ficelé  doré fint  retourner  des  deux. 

PIhs  quvn  cruel  A  j^ic^  à  qui  d'vne  houfiine 
Le  berger  en fiuyant  de  loin  brifie  ïefichinCy 
Elle  a  tœil  enfiambéj^la  peur  qui  combat 
Son  efioir fioupçonneuxja  poi  firme  lujbat. 

A  ce  Roy^  qui  dss  Dieux  a  la  definfie prijè^ 
le  viens  d'vn  vifle p^^s  déceler  tentreprificj 
Et  contre  ce  fie  Circe  aide  luy  requérir. 

Ne  l^eux-tu paSygrandIiojjant  de  dieux fiecourir  f 
Tu  lefirdSjH  E  N  R  Y, plus  Valeureux  qu'Alcide^ 
OuceluyquitualaChimerehomicide: 
Et  pour  tant  de  mortels  &  Dieux  que  tireras 
Des  liens  de  la  Feejmmortel  te  firaSj 
Et  la pofierité^qui  te  fira  des  temples^ 
De  verdififant  laurier  couronnera  tes  temples. 


C.j. 


BALET  COUIQJV'E 

Sa  harangue  finie ,  il  meit  vn  genoil  en  terre  au- 
près du  Roy  5  comme  remettant  en  fèureté  fous  fa 
fauuegarde:quand  voicy  fortir  Circé  de  fon  iardin  ^ 
tenant  fa  verge  d  or  en  la  main  ^  haulte  efleuee ,  qui 
vint  àgrands  pas  iufques au  milieu  de  la  falle,  tour- 
nant fa  veuë  de  tous  coftez  pour  voir  &  remarquer 
ce  gentilhomme  fugitif,  &  efchapé  de  fa  prifon.  Et 
ne  l'ayant  peu  defcouunr,  après  auoir  leué  les  yeux 
vers  la  nue  fufpendue ,  auec  vne  voix  douloureufe 
&vne  grâce  que  peu  de  damoyfelles  pourroyenc 
imiter,  &  nulle  furpaffer ,  commença  à  feplâindre, 
comme  verrez  cy  après. 

COM^PLAINTE  DE  CIRCE' 

AYANT    PERDV  VN 

gentilhomme  - 

E  le pourfuis  en  Ifain  ;  /? fuit fans  efjerance 
Delereuoir  iamaisreim  en  ma puijjance. 
LaslCirce^^u  as-tu Jkitfiamais  tu  ne  demis 
En  homme  reformer  cebj  que  tu  auois 
Priuedelaraifon.  Peu  fine 
Circe^helas  !  qui  deuiens par  tafiute  aduifee. 
Ce  lihrefugitiffans  crainte  s  miray 
Et  par  tout jà  tondam^tahcntepuhlira. 
En  njain  à  tes  captifs  des  charmes  tu  appliques  y 
Tu  les  changes  en  vain  par  murmures  magiques 
Puisque  tu  es  muable^  &  puis  que  la  pitié 
Etrigueurontdetoy  chacun  vne  moitié. 

Folle  &  fille  trois fois^,  Circe^foUe  &  légère^ 
^i  crois  quvn  qui  reprend  fa figure  première 


DELAROYNE^  10 

Te  yucille  aimer  après ^  &  fe  laijje  ahufer 
T>ts  plaijtrs  quand  ilpeuhde  la  raifon  Ifferl 

Ofle  cefie  pitié  qui  te  rend  Variable. 
Le  bien  dénient  malfai^  quand  il  efi  dommageable. 
Suy  ton  feul  naturel  :  L'ire  &  la  cruauté 
Ce  font  tes  mœurs  ^qu'vn  autre  ait  propre  la  bonté. 

Sus fus  ^dej^  ouille  toj  de fi fiible  courage j 
Etarmefoj  le  cœur  de  ferpens  &  deragei 
^lue  nul  que  tu  auras  de  ta  verge frapé 
Se  liante  d'efire après  de  ton  ioug  efchapé. 

Toutauiïî  toft  quelleeutvomyfon  courroux 
par  cefte  plainte,  elle  fen  retourna  en  fon  iardin, 
auec  vne  contenance  de  femme  fort  irritée  :  &  elle 
fortie  de  la  falle  ^  lafliftancc  demeura  toute  cfmer- 
ueillee  des  deux  ades  qu^elle  auoit  veuz^tantdu 
gentilhomme  fugitif^  que  deCircéfurieufe. 


BALET  COMIQ^DE  LA  ROYNE.  Il 

Or  le  fîlence  faid,  voicy  arriuer  de  IVne  des  treil- 
les ^  trois  Sereines  &vn  Triton,  ay  ans  leurs  queues 
retrouflees  fur  leurs  bras^faiéles  àefcaillesd  or  & 
d'argent  bruny^&Ies  queues^barbeaux  &  ailerons 
qui  pendoyentjd br  bruny  rieurs  corps  &  leurs  che- 
ueux  eftoyent  entremeflez  de  fil  d'or,  pendans  iuf- 
ques  à  la  ceinture:  &  tous  porroyent  vn  miroir  d'or 
aux  mains.  En  ceft  équipage  entrèrent  en  la  falle^ 
chantans  la  chanfon  fuyuante:  à  chacun  couplet 
de  laquelle  ^relpondoit  de  la  voultedbr  1  Vne  des 
mufiques,  toute  à  voix. 


C.iij. 


BALET  COMIQVE 
Léchant  des  Sereines.  A  4.  parties 


Cean         pere  chenu, 


0 


Pere   des  Dieux  reconu,      la  le  vieil  Triton  attelle 


Son  char  qui  va  (ans  reposerons  nous  (brtans  des  flots  Où 


ce  Triton  nous  appelle? 

CONCORDANT. 


Cean  pere     chenu,  Pere  des 

-2t  ^ 


Dieux  reconu.  Ta  le  vieil  Triton  attelle    Son  char 


qui  va  (ans  repos.  Irons  nous  fortans  des  flots  Où  ce  Triton 


nous  appelle? 


DELAROYNE.  u 
Le  chant  des  Sereines.  A  4.  parties. 


Cean    pcrc  chenu,  Perc  des 


0 


Dieux  reconu,  la  le  vieil  Triton  attelle       Son  char 


qui  va  (ans  repos.  Irons  nousfbrtansdesflots  Où  ce  Triton 


0 


m 


nous  appelle? 


3'.     S  V  P  E  R  I  V  S. 


Cean  pere  chenu,  Pcrc  des 


Dieux     reconu,     la  le  vieil  Triton  attelle      Son  char 


qui  va  fans  repos.  Irons  nous  forrans  des  flots  Où  ce  Triton 


m 


nous  appelle^ 


BALET  COMIQVE 

Rcfponfè  de  la  voutc  dorée. 


Liez  filles  d'Achelois,  Suiués  Triton  qui 


vous  appelle,       A  ùl  trôpjc  accordez  voz  voix  Pour  châter  d'vn 


0 


grand  Roy  la  louange  immortelle. 

T  E  N  O 


Liez  filles  d'Achelois,  Suiuez  Triton  qui 


VOUS  appelle,  A  fa  ttop/S  accordez  voz  voix  Pour  chacer  dVn 


grand  Roy  la  louange  jmmortelle. 

B  A  S  S  Y  S. 


Liez  filles  d'Achelois,  Suiuez  Triton  qui 


vous  appelle,    A  (à  trompa  accordez  voz  voix  Pour 


DE  LA  ROYNE.  15 

aux  Sereines,    A  y.  parties. 


Liez  filles  d'Achelois,  Suiuez 


Triton  qui  vous  appelle,        A  (à  trop/C  accordez  voz  voix.  Pour 


chanter  dVn  grand  Roy  la  loiiangjc  immortelle. 

C,0  N  T  R  A. 


Liez  filles  d'Athelois,  Suiuez  Triton  qui 


vous  appelle,    A  fa  trôpjs  accordez  voz  voix  Four  châter  d'vti 

■o- 


grand  Roy  la  loiiange  immortelle. 


châter  d'vn  grad  Roy  la  loiiangiS  immortellr. 

D.j. 


BALET  COMICÎ^E 

CHANSON  DES 

SEREINES. 

C  E  A-^  pere  chenu, 
Pere  des  Dieux  reconnu j 
la  le  Ifieil  Triton  attelle 
Son  char  qui  y  a fans  repos. 
Irons-nous fortant  des  fiots 
Où  ce  Triton  nous  appelle  f 
^Uez  filles  d'Jchelois, 

Suiue'^riton  qui  Ifous  appelle, 
A Ça  trompe  accorde^J^^os  ojoix 
Pour  chanter  d'ungradRoj  la  louange  immortelle. 
On  y  oit  de  la  mer Jortir 
Et  auec  Tethjs  partir 
Le  chœur  des  fœurs  Nereidesi 
T)oris  d'yn foingdiligent 
T)e  Tethjs  aux  pieds  d'argent 
Peigne  les  cheueux  humides. 
Alle'Z  filles  d'Jchelois,  &'c. 
Jupiter  nejl fie ul  aux  deux, 
La  mer  loge  mille  D  ieux: 
Vn  Koy  feulen  France  habite, 
H  E  N  R    grand Roj  des  Français , 
En  peuple,  en  iuflice,  en  loix 
Rien  aux  autres  T)ieux  ne  quitte. 
AUe':^fillesd'Achelois,  ci^r. 
Le  lys  hlanchijjant  en  fleur 

Efi  d'vn  beau  iardin  thonneur^ 
Le  Pin  efi  Roj  du  bo  cage: 
Sur  les  autres  Rojs  aufii 


DELAROYNE.  14 

Ce^rand  Roy  paroifiainfi 
En  bon  heur  &  en  couraze. 
P.  Alle'zfiU^sd'Achelois,  ç^c. 

Inciter  a  partagé 

Les  deux  où  il  efî  logé. 
Et  la  terre  j  en  parts  égales: 
Les  deux  Jupiter  aura j 
Et  ce  grand  Roy  iouyra 
En  paix  des  Gaules  loyales. 

jiUe'zfilles  d'AcheloiSy  ^c. 
Tethys  s'arrefie  â  la  yoix 

T>e  Glauque yC^ui  de fes  doigts 
Touche  les  nerfs  d'^ne  lyre: 
Allons fon  chant  efcouter^ 
lime femhle  lamenter ^ 
Et  que fon  dauphin fiuf^ire. 
AUc'Z filles  d'AcheloiSj  &c. 

Et  feirent  ces  monftrcs  marins  vn  entier  circuit 
de  la  falle,puis  fe  retirèrent  près  de  la  treille,  ou  ren- 
contrèrent vne  fonteine,qu'on  peut  dire  auec  véri- 
té la  plus  belle  en  façon  &  artfuperbe^  &  magnifi- 
que en  enrichiflemêt^que  iamais  ait  efté  veuë  :  ainfi 
que  la  defcription  la  fera  iuger  à  toute  perfonne 
d  entcndement^laquelle  (pour  ceft  efïcâ:)  i  ay  vou- 
lu particulièrement  inférer  auec  fa  figure. 


D.ij. 


Figure  delà  Fontaine. 


BALET  COMIQ^DE  LA  ROYNE.  15 

Son  premier  baflin  auoic  douze  pieds  de  largeur 
enfon  diamètre,  &fept  pieds  en  hauteur  :  lentour 
eftoit  faiét  à  douze  faccs^  à  chacune  defquelles  y  a- 
uoit  deux  Tritons,  &  Néréides,  auec leur  longue 
queuë,qui  portoy et  en  leurs  mains  des  inftrumens 
de  mufique,  &alloyentnageans  dans  la  mer:  au 
defliis  de  leurs  telles  &  grandes  faces,  voyoit-on 
des  petits  enfans^^qui  auec  vn  artifice  délicat  auoyéc 
les  ioiies  enflées  &c  preftcs  à  defgorger  l'eau  qui  for- 
toit  du  balTm  :  le  tout  eftant  de  relief  en  fculpture^ 
&le  corps  faid  d'or  de  ducat  bruny ,  ôc  les  eaux 
d'argent  bruny  ^  reprefentans  fi  bien  fon  élément, 
qu'elles  paroiffoyent  fonde  naturelle  d Vn  doux 
fleuue.  Au  deffous  de  ce  baflîn  y  auoit  vn  bord  d  Vn 
pied  de  faillie,&  de  ce  bord  fe  formoit  vn  autre  pe- 
tit baflin,  quiferuoit  neantmoins  à  receuoirtout 
le  decours  delà  fontaine  :  &  au  deffus  de  ce  grand 
bafïîn  fe  voyoit  autour  de  fon  bord  douze  chaires^ 
les  baluftres  defquelles  eftoyent  entremeflez  de 
queues  de  Dauphins,  faides  d'or  de  ducat  bruny: 
&  dans  le  niiheu  du  baffin  fe  monftroyent  trois 
gros  Dauphins  en  triangle ,  ayans  le  mufle  dedâs  le 
baflînj&  leurs  queues  retrouflees  contremont.def- 
quelles  ils  portoyent  vn  autre  ballîn,de  huid  pieds 
de  largeur  en  fon  diamètre,  faid  de  relief  de  Serei- 
nes,Tritons,&:  de  faces  de  petits  enfans  Je  tout  doré 
d'or  de  d  ucat  bruny  :  y  auoit  encor  au  milieu  de  ce 
ba{fm  trois  autres  dauphins^  qui  portoyent  à  leur 
queiie  vn  autre  petit  baflîn ,  ayant  diamétralement 
quatre  pieds  de  largeur,fait  de  relief  tout  ainfi  que 
le  fécond,  &  dedans  fe  monftroyent  trois  autres 

D.iij. 


BALET  COMIQJ/E 

dauphins  par  enfemblejà  queues  entortillées  &  fai- 
tes en  facjon  de  pyramide.  A  la  fommité  de  ceftc 
vnion  pyramidale  de  queues  ^  y  auoit  vne  groflc 
boule  de  cinq  pieds  de  rondeur  en  fa  circonféren- 
ce: ôc  autour  fix  faces  de  fix  petits  cnfans  par  efgale 
proportion.  La  boulejlcs  faces^&  les  dauphins 
eftoyent  d*or  &  d'argent  bruny ,  &  la  boule  cftoic 
pleine  d'eau  de  fenteur,  regorgec  par  les  bouches 
des  petits  cnfans  :  laquelle  tombant  dedans  le  pre- 
mier baiïin  entroit  dans  le  {ècondj&  du  fécond  au 
troificfme  qui  eftoit  le  plus  grand  :  puis  toute  cefte 
eau  venoit  à  tomber  aux  pieds  des  douze  Naiades, 
ayans  leurs  pieds  dans  le  balTm  ,  affifes  es  chaires 
dorées  dont  auons  parlé  cy  delfus.  La  première 
eftoit  la  Royne,  laquelle  auec  fon  port,  main- 
tien ,  grâce ,  granité  ^  &  maiefté  royale,  reffembloic 
pluftoft  quelque  chofe  diuine  &  immortelle, 
qu  humaine  &  mortelle  :  après  mesdames  laPrin- 
ceffe  de  Lorraine ,  Ducheffes  de  Mercueil,  de  Guy- 
fe^  deNeuers,  d'Aumalle,&  deloycufe,  Marefcha- 
le  de  Raiz ,  &  de  TArchant  :  &  mes  Damoyfelles 
de  Pons,  de  Bourdeille,  &  de  Cypierre,  toutes  alfi- 
fes  es  chaires  d'or  ^  &  reprefcntans  les  nymphes  des 
eaux,  parles  poètes  anciens  didesNaiades,  Elles  e- 
ftoyent  veftues  de  toile  d'argêt ,  enrichie  par  deffus 
de  crefped  argent  &!incarnatj  qui  boùillonnoyent 
fur  les  flancs,  &  tout  autour  du  corps^&  aux  bouts 
par  tout^de  petites  houppes  d'or&  de  foyeincar- 
nate,quidonnoit  grâce  à  cefte  parure.  Leurs  chefs 
eftoyent  parez  &  ornez  de  petits  triangles  enrichis 
de  diamans,rubis,perles,&:  autres  pierreries  ex  qui- 


DE    LA  ROYNF. 


16 


fes  &prcciciires,commceftoycnt  leurs  cols  &bras 

frarnis  de  coliers,  carquans  &  bracelets:  &  tous 
eurs  veftcmcns  couucrts  &  eftoffez  de  pierreries, 
qui  brilloycnc  &  eftinccloyct  tout  ainfi  qu  on  voit 
la  nuid  les  eftoiles  paroiftre  au  manteau  azuré  du 
firmament.  AulTi  celle  parure  a  eftéeftimee  la  plus 
fuperbe ,  riche  &  pompeufe^qui  fe  foit  iamais  veue 
porter  en  mafquarade.  Sur  laccoudoir  de  la  chaire 
de  la  Roync  y  auoit  deux  dauphins  portas  de  leurs 
queues  vnc  grande  couronne  d'or,hau t  efleuee  fur 
lateftede  famaiefté.  Audeflbusdugrâdbalïînfur 
le  deuât,  fe  monftroy  en  t  trois  Cheuaux  marins,  ou 
hippopotames,  trainans  la  fonteine,  &  nageans  en 
leau  :  &  eftoyent  delà  longueurdeiîxpiedz,dor 
bruny ,  &  leau  (  come  auons  did)  d'argent  bniny. 
Au  deçà  &  delà  de  leurs  queues  eftoyent  deux  au- 
tres chaires ,  en  IVne  defquelles  f  affeoit  le  fieur  de 
Beaulieu^reprefentant  Glaucus^appclé  par  les  poè- 
tes Dieu  de  la  mer:&  en  lautre  la  damoyfellc  de 
Beaulieu  fon  efpoufe,  tenant  vnluch en  fa  main, 
&:  reprefentant  aufTi  Tethys ,  la  deeffe  de  la  mer: 
tous  deux  eftoyent  veftus  fort  magnifiquement  de 
robes  de  fatin  blanc,  panementeesd  argent ,  &:  de 
manteaux  de  toile  d'or  violette  ^  doublez  de  chn- 
quant,  &  leurs  chefs  accouftrez  ainfi  qu'on  peint 
les  Dieux  &Deefîes. 


DE    LA   ROYNE.  17 

Deçà  &  delà  à  chaciin  cofté  de  ces  deux  mar- 
choyent  à  pied  huid  Tritons  à  longues  queues, 
qui  a  uoyent  leurs  corps  &  queues  chargez  d  efcail- 
les  d  or  &  d  argent  bruny5&  leurs  barbes  &  perru- 
ques entremeflees  de  filet  d'or:  reprefentez  par  les 
chantres  de  la  chambre  du  Roy,  ioùans  de  lyres, 
lutz,  harpes^  fluftcsj  &  autres  inftrumens ,  auec  les 
voix  meflees.D'vne  part  &  d'autre  du  grand  baflin 
marchoyent  douze  pages  vertus  de  fatin  blanc^en- 
richy  d  or  clinquât  :  chacun  defquels  portoit  deux 
grands  flambeaux  de  cire  blanche  en  leurs  mains. 
Outre  lefquelles  lumières,  au  circuit  des  baflîns, 
chaires  &  dauphins  de  la  fontaine  y  auoit  cent  fla- 
beaux  de  cire  blanche ,  de  deux  pieds  de  longueur: 
toute  laquelle  fplendeur  conuertiffoit  robfcurité 
de  la  nuid en  vneioyeufe&  grande  clairté,& fai- 
foitqucleau  de  la  fontaine  reprefèntee  par  l'or  & 
l'argent,  efblouifibit  par  fon  eftincellemét les  yeux 
des  regardans.  Dés  que  les  Sereines  veirent  cefte 
troupe  de  Dieux  marins ,  elles  fe  ioignirent  àleur 
compagnie  :  &  entrans  en  troupe  dans  la  falle,  la 
fontaine  commença  à  marcher  vers  le  fiege  du  Roy 
aueclamufîque  d'inftrumens  &  de  voix,  dont  le 
moteftoittel. 


BALET  COMIQVE 

La  Mufiquc  des  Tritons 


Lions  côpagnes  fidclles,  Auccdes  feuilles  nou- 
uelles  De  Mauuesblâchcs  de  fleuis,Que  chacune  d'allegref- 


fe  Vnc  couron-  ne  fc  trèfle  Au  chef  parfumé  d'odeurs. 
A  f.  parties.  TENOR. 


Lions  compagnes  fidclles,  Auec  des  feuilles  nou- 


uelles  De  Mauues blanches  de  fleurs,Que  chacune  d*allegref- 


fe  Vne  couronne  (ê  trèfle      Au  chef  parfumé  d'odeurs. 
B  A  S  S  V  S. 


k 


Lions  compagnes  fidelles,  Auec  des 


feuilles  nouuelles  De  Mauues  blâches  àc  fleurs,Que  cha- 


DE  LA  ROYNE. 

qui  accompagnoient  la  fontaine. 


Llôs  copagnes  fidelles,  Auec  des  feuilles  nou- 


0 


uelles  De  Mauues  blaches  de  fleurs.  Que  chacune  d  allegref- 


fe  Vne  couronne  fê    trèfle    Au  chef  parfumé  d*odcurs. 
CONTRA. 


Lions  compagnes  fidelles,  Auec  des  feuilles  nou- 


uelles  De  Mauues  blaches  de  fleurs,  Que  chacune  d  allegreflè  V- 


ne  couron-  ne  fe  trèfle    Au  chef  parfume  d  odeurs. 


cune  d*allegrefle     Vne  couronne  fe  trèfle  Au 


chef  parfumé  d  odeurs. 


£.ij. 


B  A  LET    C  O  MI  QJ^E 

H  A  NT  DES 

TRITONS. 

Lions  compagnes  fidelles y 
Ame  des Jueilles  nounelles 
De  mauues  blanches  de fleurs: 
^jie  chacune  d'allegrejjè 
Vne  couronne Çe  trejje 
Au  chef  par flimé  d'odeurs, 
Voicy  Tethjs  qui  chemine 
Dansl^ne  Conque  marine 
En  lieu  de  fon  char  d'argent: 
Elle  a  fa  couronne prife 
Pour  la  donner  à  Loyjèj 
Son  grand  char  &  fon  trident, 
MoPi^  troupe  deuantfidelle 
Entiers  Tethjs  limmorteUe^ 
Fidellesferonsaufi 
A  Loyfe^  qui  raffemUe 
Toutes  les  l^ertusenfemhle, 
Et  doit  commander  icj. 

Mais  dés  que  cefte  belle  compagnie  eut  compa- 
ru deuant  leurs  maieftez ^  auflî  toit  cefte  mufique 
ccflfa^  &c  lors  Glaucus  &Tethysfemeirent  à  chan- 
ter feuls  le  dialogue  fuy  uant:  à  la  fin  de  chacun  cou- 
plet duquel  y  toute  la  mufique  des  Tritons  refpon- 
doit ,  reprenant  les  deux  derniers  vers^  ainfi  que 
verrez  cydeflbus. 


DE  LA  ROY  NE.  jp 

Toutes  les  fiances  fc  chantent  foubz  ce  chant  icy, 
refte  h.  dernière  qui  eft  interlocutoire^ 


G  L  A  V  (^V  E. 


Ai$  que  me fert  Tethy s  cq(ïz,  efcaille  nou- 


ucUe,        Queje  fuis  d'vn  pefcheur  en  dieu  marin  formé  ? 


le        vou-         drois  n  eftre  Dieu  &  de  Scylk  eflr«î  aymé. 


î 


i 


Pour  ne  brûler  en  vain  d' vue    flamme  cruelle. 
T  E  T  H  Y  S. 


*i\rc  d'Amour  eft  vidorieux  Contre  les 


hom-     mes  &  les  Dieux,  Et  de  {es  traits  la  blefTur^  à  cha- 


1 


cnn  Qjji       la  reçoit,  apportjC  vn  mal  commun. 

E.iij. 


BALET  COMIQVE 
La  rcprifc  du  dialogue. 


T  de  fcs  traits  la  bleffûwà  cha- 


cunQui        la  reçoit,  apport/5  vn  mal  commun. 


TENOR. 


m 


T  de  fes  traits  la  bkflurjû  à  cha- 


cm  Qui  la  reçoit,  apport/i  vn    mal  commun. 


DELAROYNE.  2» 
La  rcptifc  du  dialogue. 


T  defêsttaitsiableflùrisà  dha- 


cun  Qui      la  reçoit,  apporw  vn  mal 


commun. 


CONTRA. 


T  de  f es  traits  la  blcffiiM  à  chacun  Qui 


la  reçoit,  apport  vn  mal 


commun. 


B  A  S  S  V  S. 

T  de  (es  traits  la  blefTurc  à  chacun  Qui 
k  reçoit,  apportée  vn  mal  commun. 


BALET  COMICiyE 
Ceci  eft  pour  la  dernière  ftancc- 


quiell  cefte  Nymphe? 


Eft       c/S  V-  ne 


Ne-  re- 


i-  de? 


On.      caria     merna  point  telle  Nym- 


bien,  c  eft  Ve- 


nus 


m  „ 

V    es  encorde-       çeu,  El- 


■e- 


kachafle  Ve-     lius  dans  lés  jardins  de  Gnide, 


Cett 


DE  LA  ROYNE. 


Il 


donclunon. 


5r 


"J^V      te  déçois. 


Eft-cela  lunon  des  François? 


Ce nefl: lunon:    cefl:  Loyfè,       Ôc  fonnomPaf^ 


0 


£2  en  pouuoir  to'  les  noms 


de  lu- 


non. 


BALET  COMIQJVE 
DI  ALO  GVE. 
GLAVCV  S  ET  TETHYS. 
GLAV. 

A I S  que  me  fert/Tethys^  cefle  écaille  noHuelle), 
I  §lue  iefi4iS(ï^n  pefcheuren  dieu  marin firme? 
p  le  voudrons  nefiî^edieUj.&'de  Scylleefireaimey 
-s-  Pournebrujlerenlfaind^'vneflame cruelle. 
T "E.  Varcd'j^moureft^iSlorieux 
Contre  les  hommes  &  les  dieux. 
Et  de fis  traits  la  blejjure  a  chacun 
^lui  la  reçoit, a^^orte  ^n  mal  commun . 
G  L.  Moj  qui  jus  immortel^ayant  mangé  d'^'vne  herèe. 
Des  herbes  lej^rouuay  la  firce&'le pouuoir: 
Penfiint  quelque  fie  cours  en  amour  receuoir, 
le  m'en  allay  y  ers  Circe  enuieufe  fuperhc, 
Tb.  Le  cœur  des  flammes  fiir  monté, 
JSTefipointiamaistantirritéy 
Qujleflalorsquenyainil  seftoflèrty 
Et  qu  vnrefiis , honteux ^il a fiuflert. 
G  L.  Lesfirefis  couurirompluftoftla  mer  d'ombrage 
ê^uon  me puijje  du  cœur  cefle  Scjlle  arracher. 
Sm^Dauphin^car  iey  eux  aller  Scylle  chercher. 
Pitoyable  Dauphin  coupe  les flots  &  nage. 
Te.  Circeata  Scylle paryenin 
Changée  eH  y n  rocher  marin 
lufqu  au  nombrily& fies  pieds  abyfine:^; 
Deffius  les flots  ,font  en  chiens  transfirme^^. 
G  L.  Circe  Jaloufi  Circe  Jndigne  qui  te  nommas 
Fille  du  Dieu  qui  tient  le  grand flambeaîfdes  cieux^ 
Ofis'tu  maintenant  enfi)rcelerlesDieux, 
Toj  qui fouloïs  deuant  ne  charmer  que  les  hommes  f 
Te.  Les  corps  en  ej^rit anime:^ 


DE   LA   ROYNE.  tt 

Sont  par  Circe  en  monjlres forme':^^ 
Si  toft  quils  ont  gonflé  de fa  poifon. 
Tandis  quils Jontpriue'^e  la  raijon. 
G  L,  Les  Dieux  ont  des  humains  la  prière  agréable  y 
élut  chargent  leurs  autels  d'offrandes  & flambeaux. 
Efcoute  mojJTethjsJiuimté  des  eaux, 
Et  à  moy  T>ieu  marin  fois  helas  fecourable! 
T  E .  /ê"  n'ay  deffus  les  eaux pouuoir 
Ainflque  iefouloïs  auoir: 
Car  cefle  nymphe  a  receu  de  ma  main 
TDeffusles  eaux  le  pouuoir  fouuerain. 
Gl.  Et  qui  efl  cefle  nymphcfEfl- ce  "vne  Néréide? 
T  E.  Non  :  caria  merna point  telle  njmphe  conceu. 
Gl.  le fçaj  bien,  ceflj^ înus. 
Te.  Tuesencordeceu. 

Elle  a  chaféF' mtisdans fes  iardins  de  Gntde. 
G  L.  C'efldonclunon, 
Te.  Tu  te  déçois. 

G  L.  Efl-ce  la  lunon  des  François? 
T  E.  Cen'efi  lunon/ efl  L  o  Y  s       fon  nom 
Pajfe  en  pouuoir  tous  les  noms  de  lunon. 

Ce  Dialogue  finyja  fontaine  fi  t  vn  tour  deuant 
leurs  maieftez,puisfen  retournalentement:  &  du- 
rant cefle  retraite  la  mefme  mufique  que  defliis  re- 
commença, iufques  à  ce  que  cefte  fontaine  euft  a- 
bordé  le  derrière  du  iardindeCircé:,laiflant  lafal- 
levuide.  Or  eftant  derrière  le  chafteau,  les  Naia- 
des  dcfcendirent  de  leur  fontaine  :  &  tout  à  Tin- 
ftant  entrèrent  en  la  falle  par  les  deux  treilles,  dix 
violons,  cinq  dVn  cofté,  &  autant  de  1  autre,  ha- 

F.ij. 


BALET  COMIQUE 

billezde  fatin  blanc  enrichi  d'or  clinquant,  em- 
pennachez  &c  eftoffez  de  plumes  d'aigrette  :  &c  a- 
uec  cefte  parure  commencèrent  à  ioiier  la  premie- 
re  entrée  du  Balet.  Apres  ces  violons  entrèrent  en 
la  falle  les  douze  pages ,  par  les  mefmes  treilles, 
fix  d Vnepart,&  autres fix delautre  :  &  touseftans 
placez  on  veit  venir  foudain  après  eux  les  douze 
nymphes  Naiades^entrans  aufli  fix  par  vne  treil- 
le, &  fix  par  l'autre  :  qui  ne  furent  pluftoftapper- 
ceuës  par  les  violons  qu'ils  changerét  de  note  &  de 
fon  3  pour  entrer  en  la  féconde  partie  de  lentree  du 
Balet,en  laquelle  ces  nymphes  vindrent  dâfans  iuf- 
ques  aux  maieftez  du  Roy  &  Roy  ne  fa  mere ,  auec 
ceft  ordre.  Aupremierpaffagederentreecftoyent 
fix  de  front^toutes  en  vn  rang  du  trauers  de  la  falle^ 
&trois  deuant  en  vn  triangle  bien  large:duqucl  la 
Royne  marquoit  la  première  pointe,  &  trois  derriè- 
re de  mefme  :  puis  félon  que  le  fon  fe  cbangcoit,el- 
les  fe  tournoyent  auffi,  faifans  le  limaçon  au  re- 
boursles  vnes  des  autres ,  tantoft  d'vne  façon ,  tan- 
toftd'vne  autre, &  puis  reuenoyent  àleur  première 
marque.  Comme  elles  furent  arriuees  auprès  du 
Roy  j  continuèrent  toufiours  la  partie  de  ce  Balet^ 
compofé  de  douze  figures  de  Geonletrie^touces  di- 
uerfes  Tvne  de  l'autre  :  &  furie  deruier  paffage  les 
violons  ioiierét  vn  fon  fort  gay,nomé  laClochette. 

La  Circé  fè  tenan  t  encore  couuerte  en  fort  iardin 
de  la  clofture  du  rideau^  n'eut  pas  fi  toft  ouy  le  fon 
delaclochette  qu'elle  fortit  en  grande  colère,  te- 
nant en  fa  main  droide  fa  verge  d'or  haulc  efleuee^ 
ôc  fen  vint  tout  le  log  delà  falle  au  lieu  où  eftoycnc 


DE    LA    RO  YNE.  23 

les  nymphes(placees  en  forme  d Vn  croifTant^ayans 
leurs  faces  tournées  vers  leurs  maieftez)  les  touchât 
IVne  après  lautre  auec  fa  verge  d  or^duquel  attou- 
chement elles  demeurèrent  foudain  immobiles  co- 
rne ftatues  :1e  femblable  fit-elle  aux  violons  ^  lef- 
quels  ne  peurent  plus  chater  ny  iouer,  ains  demeu- 
rèrent fans  mouuement  quelconque.  Et  après  f  en 
retourna  en  fon  iardin^auec  vne  femblable  audace 
ôc  ioyeufe contenance,  qu'on  voitàvn  Capitaine 
ayant  rapporté  vne  vidoire  glorieufe  de  quelque 
fiêneentrcprifeperilleufe  &  difficile.  Auffi  fepou- 
uoit  elle  glorifier  à  bon  droit  j  après  auoir  abatu  v- 
ne  telle  &c  fi  fiere  grandeur  de  courage  que  celle  des 
nymphes.  Circé  donques  retirée  en  fon  iardin  auec 
vne  telle  gloire ,  voicy  que  du  hault  du  fefte  de  la 
falle^&au  defTusde  lanueeon  oitvngrosefclatde 
tonnerre;,  qui  bruit  &  murmura  allez  long  temps: 
&  lequel ayantceiTé^foudainlanuee  cy  dellusde- 
fcrite  3  commença  petit  à  pecit  à  defcendre ,  en  la- 
quelle eftoit  porté  &:  enuelopé  Mercure  meflager 
du  Dieu  îupiter,  &  enuoyé  de  fa  part  en  la  terre 
pour  rompre  le  fortilege  de  la  fee  Circé,  &  deliurer 
les  Naiades  de  fon  enchantement,  auec  le  ius  de  la 
racine  du  Moly. Mercure  eftoitaccouftré  tout  ain- 
fi  que  le  defcriupnt  les  poètes  ^  veftu  de  fatin  incar- 
nadin  d'Efpagne.paffementé  d  or  fort  induftrieu- 
fement,  les  brodequins  dorez ,  ayant  des  ailes  à  fes 
talons  qui  fignifioyent  la  légèreté  defacourfe:fon  * 
chef  aumeftoit  alFublé  d  Vn  petit  chapeau  ailé  des 
deux  coftez,  &  doré  par  tout  :  fon  manteau  eftoit 
de  toile  d*or  violette  :  puis  en  fa  main  portoit  le  ca- 

F.iij. 


BALET  COMIQJ^E 

ducee,  auec  lequel  iadis  il  endormit  Argus  pour  le 
feruicedelupiter.  Ce  Dieu  en  defcendant  chanta 
d Vne  fort  bone  grâce  les  vers  cy  deflbus  inferez  ^  & 
eftoit  reprefenté  par  le  fieur  d  u  Pont  gentilhomme 
feruant  du  Roy  ^accompiy  de  beaucoup  d'hono- 
rables parties. 


CHANSON  DE  MERCVRE.' 


E  fuis       de  tous  les  Dieux  le  cômun 


meflàger  Ailé   par  les       talons,  variabk  &  léger.  Qui  de  ce 
ca-       duce-     jcà    la  Parque  fata- 
le  Dans  rabyfmc  profond  vais  rauir  les  cfpritz  Pour  les  fai- 

re  rcuiure:  or  quand  i!z  ont       repris  Naiffancj^,  après  en- 


cor  là  bas  ie  les  deuale. 


DE    LA  ROYNE, 


CHANSON    DE  MERCVRE. 


?J^rits 

Pour  lesfkire  remure  i.or  quand  ils  ont  repris 
NaiJJance:,  a  près  encor  la  las  le  les  deuale. 

l'ay  aux  hommes  appris  ioheir  à  la  loj^ 
Lesjciencesjes  artsjes  yiUes font  à  mojy 
Et  auec  les  threfors  ie  donne  t  éloquence: 
Etpourguarir  teJJ?rit  de  raifon  dejarméj 
^ue^  IkiJ^éde  yertu^  les plaijîrs  ont  charme^ 
le  porte  le  Moly  racine  d'excellence. 

Par  elle  iegardaj  c^uV lyjfe  qui  paruint 
t^ux  hors  de  t Italie ^'vn^pourceau  ne  deuint^ 
Enchanté  par  les  arts  de  Circe  la  forciere^ 
^ui  dedans  l^n  chajleau  quen  France  elle  a  bajly 
En  diuers  animaux  maint  homme  a  conucrty. 
Ou  des  nymphes  des  eauxeïï  a  charme  nàguiere. 

Cefie  Circe  a  les  jeux  en  dejîr  ehontel^^ 
Qîuau  premier  regard  font  de  chacun  doubte*^^ 
Et  Cupidonnha  point  d'amorce  plusfoudaine: 
Mais  le  plaijirpapéluydeuient  odieux  y 
Les  hommes  elle  rend  d'eux  mefmes  oublieux  y 
^jii  auec  la  raifon  perdent  la firrhe  humaine. 

Les  nymphes  elle fçait  par  artaffuiettir^ 
Mais  elle  ne  les peult  en  monflre  conuertir: 
Car  de  leur  n-aturel  les  TDieux  font  immuables: 
EUe fejuit  pourtant  par  les  TDieux  reuerer 
Les  jrapant  defanjerge^^  les ftit  demeurer 


B  ALET  COMIQUE 

Par  charmes fur  les  pieds  ^  plus  qu'y  ne  roche  fiables. 

De  fesîUuJîons  ie  yeux  l'art  déceler: 
ïay  fkiêîen  eau  d'ouhly  le  Moly  difliler^ 
Etparmonart^lnsfirtienjeuxlefen  déjnire. 
lejçay  combien  eÏÏ  a  defirce  ^  de  vigueur: 
jîlais  'vn  bien  grand  péril  pUi fi  après  au  yaincueur^ 
^ui  s'honore  du  nom  d^'vnpuifjantaduerfaire. 

Comme  Mercure  eftoit  encor  en  l'air  3  quelques 
deux  pieds  au  deflus  delà  tcfte  desnymphes  ^  ayant 
mis  fin  à  fa  chanfon  il  efpandit  la  liqueur  du  ius  de 
Ja  racine  du  Moly  ^  qu'il  auoic  en  vne  fiole  doree^, 
deflus  les  teftes  des  nymphes:  &  la  ietta  auec  telle  in- 
duftricj  qu'elle  reiaillit  aulli  fur  les  violons^lefquels 
ne  furent  pas  fi  toft  arroufcz  de  cefte  eau  ^  que  fou- 
dain  recommençans  à  ioucr ,  les  nymphes  (è  prin- 
drentaulîî  à  danfer ,  &  pourfiiiure  leur  Balct  cora- 
'ttie  deuant  qu'elles  fijflent  enchantées.  D'ailleurs 
Circé  penfant  que  Mercure  luy  feift  grand  tort 
&  iniurc  d'entreprendre  fur  fon  art ,  fe  refolut  luy 
faire  fentir  ce  qu'elle  fçauoit  faire  ,  &  le  pouuoir 
qu'elle  auoit  &  fur  luy  &  fur  la  force  mefme  de  fon 
caducée.  A  cefte  caufe  fortant  de  rechef  de  fon  iar- 
dinjcllc  courut  iufques  au  milieu  de  la  falle  prefque 
auec  vne  furie  j  paffant  parmy  cefte  belle  troupe  de 
danferelFes  ^  comme  elle  auoit  faicl  auparauant ,  & 
les  toucha  vne  féconde  fois,enfemble  les  violons, 
les  remettant  en  Teftat  duquel  Mercure  les  auoit 
oftez:&  fe  retirant  quatre  pas  en  arrière  commenija 
àdirecequifenfuir. 

L'homme 


DE    LA  ROYNH. 


C  I  R  C  E'. 


'uOMWE  de  theur  quil  ha  ne  peut  Ifïure 
content^ 


Afais  auare  toupours  plus  de  bien  il  at- 
^^^i  tend\ 
Son foin  nj fes  trauaux  d'vn  but  il  ne  termine^ 
Du  temps  mefme  ennuyé^n  jiecle  ils'imagtn 
Ou fans  nul  exercice  on  viuoit  otieux 
^uand  Saturne regnoit  eflant  hanj  des  deux. 

Lepeupleyagabond  pouJ?é  de  la  nature 
Comme  les  befles  font^  prmoit fa  nourriture 
Des  fuit  s fans  cultiuer  que  produisent  les  bois^ 
Etnauoitque fes  mœurs  pour  polices  &  lois: 
Mais  Jupiter  chaffa  cefte  morne  Parejpj 
Des  hommes  domeflique^^  logea  la  Finejfe 
Dans  leur  ame  grojftere^  a  fin  de  faiguifer 
De  foin  &  de  labeur^  &  les  fiijî  diuifer 
La  terre, qui  efioit  de  Joymejme fertile^ 
Deuant  commune  à  tous,  qui  fit  depuis jlerile 
Sans  le  focacere^qui  fon  fein  nouuriroity 
Et  fes  mortels  enfins  de  fruits  ne  nourriroit. 

Lors  la  Necejftè  appriflle  labourage^ 
Et  tous  les  arts  après  on  acquifl parlffage: 
Chacun  ^voulut  le  gain  de fon  art  mejhager^ 
Et  par  bienfkicls  a foj  les  autres  obliger. 
Depuis  ï Ambition ^conduiâe  des  délices ^ 
Changea  ce  premier  viure  en  mœurs  quon  nomme  Ificesi 
Car  du  nom  de  "Vertus  on  appelle  les  mœurs 
Etlesjnçons  des  'yieux^quonefime meilleurs. 

G.j. 


BALET  COMI  QJV  E 
Comme Jt  les  faifons  &  les Jtecles  muables 
N'eftoyent  en  changement  Nn  a  t autre femhlahles. 

Toute  humaine  aflion procède  du  dejtr. 
Ou  Ion  efl  incité  ou  conduit  du plaijtr. 
Du  repos  &  labeur  le  plaijîr  efl  la  guide,, 
^ui furies  mouuemens  des  'yolonte^  pre/tde: 
Et  l*aéîion  qui  plaifl  &  s  exerce  en  commun^ 
Sert  de  reigle  de  yie  &  de  loix  à  chacun. 
Von  hait  pourtant  bien  toflla  couflume  prejènte^ 
Et  des  Jtecles  pajje:^^  toufiours  le  bruit  s'augmente. 
Carl'enuie  n"a  plus  fur  les  dejùnéîs  de  lieu  ^ 
Et  l'homme  qui  efl  mort  efl  tenu  pour  vn  dieu. 
C'efl ce  qui  rend  encor  la  mémoire  honorée^ 
Des  hommes  qui  yiuojenten  la  faifon  dorée ^ 
§lue  ï efface  lointain  des  ans fait  admirer 
Par  regret  du  pafê  ^  &  les  ftit  defirer 
Par  dédain  du  prefent'.Ainfi  chacun  s^ennuye 
^ui  voudroitfans  mourir  toufours  changer  de  yie^ 
Changer  fes  aéîions,  ore  a  tojfiuetê 
Par  inclination  de  fojmefme  incité: 
Orquifeplaifl^armédetem^efle^deguerre^ 
jNojerde Jang  humain  l'efchine  de  la  terre: 
En  lieu  d'antres  creufe'^de  moujfe  tapijfe:<^. 
Or  qui  'y  eut  demeurer  aux  palais  lambriffe'^ 
D'^vn  plancher  efloiléd'or  tuiftntj,  qui  eflnce^ 
La  clairté des flambeaux  du  ciel  qui  tout  embraffe. 

Seule  caufe  ie  fuis  de  tout  ce  changement 
Qui  fuit  de  rang  en  rang ,  de  moment  en  moment: 
Mon  perCyfans  repos  qui  Je  meut  ^  fe  tourne^ 
La fin  d'vne  faifon  dvn  nouueau Jtecle  bourne^ 
Le  Soleil fait  tout feul  ces  âges  ^varier. 


DE   LA    RO  YNE, 

Ainfi'^îut le Deflin toutes chofes  lier: 

Et  les  trifles  mortels par'vœux  ny  par prierè 

JSfe ffaurojent  impetrerdes  trois fœursfilandieres 

D^'anancer  ou  tarder  louurage  de  leurs  mains. 

Ou  auecqueslefort  des^Dieux  &  des  humains 

Elles  filent  au jfi  la  trame  des  armées  ^ 

^ui  dolent  de  bonheur  ou  de  mal  empennées. 

Les  deejjes  des  eaux  ontl^oulu preuenir 
TSlaguere  leTDeflin^  &  jkirereuenir 
En  France  l'âge  d'or^ou  défia  Fedifict^ 
V'^vn grand  temple  de  marbre  on  bafiiflà  lufiice: 
Mais  plus  firmes  que  nefi  vn  rocher  Je  fon  dos 
Au  riuage  eftendu  qui  repoulfe  les  flots, 
lelesfity  demeurer  fur  le  piedimmobile^ 
plus  firmes  quon  ne  "voit  près  des  murs  de  Sipyle 
Niobe  qui  ne  cejfie  encore  de  pleurer^ 
^ui  en  heur  à  Latoneofaje  prefirer. 

Je  vais  emprijonner  ce  Mercure  yolage, 
^ui'yient,prefomptueuXj&  d'art  &  de  courage 
Ces  nymphes  fecourir,&fie  promet  encor 
D^duoir  quelque pouuoir  contre  ma  'yerge  d'or^ 
Et  rompre  mes  defifeins  auec  'y ne  racine 
^jiifieruit  dVlyffi  un  iour  de  médecine 
Encontre  mes poifions  :  Mais  P atlas  qui gar doit 
Vlyfifi:,&  non  pas  luy  ^mes  efièts  retardoit. 
Seule  de  tous  les  Dieux  ie  crains  cefie  Minerue, 
Les  hommes  de  mes  arts  elle  fiulepreferue. 
Adercure  vagabond,  muable  &  infienfié, 
T)efiudainmouuementdefadelàpoufiéy 
Sans  chois  & fians  confeilefifiible  &fians  puififance 
Si  P  allas  ne  luy  donne  aduis&  affeurance: 

G  ï]. 


BALET    COMI  QJV  E 

Ore  qu'ontrecuide  cefl  aide  il  a  quitte j 

Ileji  tant  feulement  plein  de  témérité , 

Vain  g*  prefomptueux^^  tant  s'en  jkutqu  ilpuijje 

Les  nymphes fecourir par  le  Adoly  d'VlyJfey 

^ue  luj-mefme  il  fera  de  ma  "verge  charmé 

Et  le  tiendray  vaincu  dans  ma  tour  enfermé. 

Ayant  acheué  fa  harangue  ^  f  approcha  de  Mer- 
cure^qui  n'eftoit  dcfueloppé  de  la  nuee,&  hauflant 
fa  verge  d  or  l'en  frappa:  lequel  neur  firoftfentile 
coup, qu abandonnant fon  caducee^ilne  demeu- 
raft  enchanté,&  ainfî  la  nuee  le  porta  immobile  fur 
la  terre.  Puis  le  prenant  par  la  main ,  le  conduit  en 
foniardittjquifutfuiuy  parles  nymphes^allans  bel- 
lement en  rang  de  deux  à  deux ,  fans  autre  mouue- 
mentque  celuy  qui  fembloit  leur  eftre  donné  par 
la  force  du  fort  de  Circé:  laquelle  eftant  rentrée  dâs 
fon  iardin  y  foudain  les  nymphes  difparurent ,  fans 
qu'on  peuft  cognoiftre  ce  qu  elles  eftoyent  deue- 
nues.  Et  à  l'inftant  la  toile  qui  couuroit  le  iardin  de 
Circé  tombant  ^  on  veit  à  clair  &  à  defcouuert  la 
beauté  du  iardin  délicieux  j  qui  brilloit  de  mille 
fortes  de  feux  &  lumières.  On  veitdauantage  Cir- 
cé deuant  la  porte  de  fon  chafteau  affife  en  fa  ma- 
icfté,  &  auec  les  marques  de  fa  viitoireientant  qu  a 
fespiedsgifoit  couché  à  lenuers  Mercure  j  quin  a- 
uoit  aucun  moyen  de  (è  mouuoir  ^  fans  le  congé  & 
permiffion  de  lenchanterefle.  Apres  louuerture  du 
rideau  apparut  vn  grand  Cerf  fortant  du  iardin, 
qui  alla  pafTer  deuant  Circé ,  fuiuy  d  Vn  chien,  &  le 
chien  d  Vn  éléphant,  lelephant  dVn  lyon,  lelyon 


PELAROYNE.  17 

d'vn  tigre ,  le  tigre  dVn  pourceau,  &  le  pourceau 
&  autres  beftesfentrefuy uansjhommesainfitranf- 
formczpar  fonfortilege  ^  &  par  la  force  de  fes  en- 
chanteniens. 


BALET  COMIQVE 
Le  fori  du  premier  balet.     A  y.  parties, 


m 


TENOR, 


L 


A  première  entrée. 


=$: 


B  A  S  S  V  S. 


A  première  entrée. 


DELAROYNE.  zî 
Le  fon  du  premier  balec.     A  j.  parties. 


A  première  entrée. 


CONTRA. 


BALET  COMIQYE 
S  V  P  L  R  I  V  S. 


TENOR, 


B  A  S  S  V  S, 


DE  LA  RO  YNE. 
i\    S  V  P  E  R  I  V  S, 


^9 


5 


CONTRA. 


3 


Hj. 


BALET  COMIQVE 
S  V  P  E  R  I  V  S. 


TENOR, 


B  A  S  S  V  S. 


m 


DE  LA  ROYNE. 
i'.    S  V  P  E  R  I  V  S. 


30 


< 

:  0  N 

T  R  A. 

H  .ij. 


BALET  COMIQVE 
Le  fofi  de  la  clochete ,  auquel  Circé  (brtit  de  fon  lardin. 
S  V  P  E  R  I  V  S. 


B  A  S  S  V  S. 


DE  LA  ROYNE. 
l^     S  V  P  E  R  I  V  S, 


31 


CONTRA. 


H.iij. 


Figure  des  Satyres 


BALET  COMIQ^DE  LAROYNE.  31 

Le  précèdent  ade  eftant  finy ,  le  fécond  inter- 
mède comença  à  entrer  par  Tautre  treille.  Cenou- 
ueau  intermède  eftoit  compofé  de  hui6t  Satyres, 
fept  defquels  io  uoyent  des  fluftes  ^  &c  vn  feul  chan- 
toit,qui  eftoit  le  fieur  de  faint  Laurcns ,  chantre  de 
la  Chambre  du  Roy.  Les  accords  de  cefte  mufique 
furent  fort  agreables^tantauRoy^  Royncs,Princes 
&  Princef]eS:,que  à  toute  laflîftance  :  pour  eftre  Im- 
uention  de  laditte  mufique  nouuelle  &  pleine  de 
grande  gayeté.Ces  Satyres  faifans  le  tour  de  la  falle, 
continuèrent  leur  chanfon  de  mufique  :  &  à  cha- 
cun descouplets  vne  des  mufiques  delà  voûte  do- 
rée refpondoit^comme  verrez  cy  après. 


BALET  COMIQVE 
Le  chant  des  Satyres.  A  j.  parties. 


Pan,Dia-        n;C  irritée    Seft  des 


forefts  abfécée, Et  tât  de  Nymphes  des  bois  Qui  fouloiét  deflb^  leur 


dance  Prefîer  Therb^i  à  la  cadance  Des  doux  accords  de  leur  voix. 


Pan,Dia-     njej  irritée       S*eft  des  forefts  ab- 


feiitcCjEt  tât  de  Nymphes  des  bois  Qui  fouloiét  deflb'  leur  dâ 


ce  Preflèr  l'herbe  à  la  cadance  Des  doux  accords  de  leur  voix. 


Pan,  Dian^  irritée     S'efl:  des  forefts  abfêntée. 
Et  tac  de  Nymphes  des  bois  QiJ  fculoicc  Jeiro*^lcur  dance 


m 


DE  LA  ROYNE.  „ 

Le  chant  des  Satyres.     A  y.  parties. 


Pan,  Dhnc  irritée  S'eft  des  forefts  abfen 


5^ 


tée,  Et  tât  de  Nymphes  des  bois  Qui  fbuloiét  deiTo^'leur  dance 


Preflèr  l'herbii  à  la  cadancc      Des  doux  accords  de  leur  voix. 


-3 

Pan,  Dian/ei  irritée   S'eft  des  forefts  ab- 


fentée,Et  tant  de  Nymphes  des  bois  Qui  fouloiêt  deflb^  leur  dance 


Preflct  l'herbe  à    lacadance    Des  doux  accords  de  leur  voix. 


Preflèr  l'herbe  à  la  cadance  D es  doux  accords  de  leur  voix. 

i.j. 


BALET  COMIQVE 

La  rcfponfe  de  la  voutc  dorée 


ta 


A  joi/s&Ie  defplaifir. 


Lapeur,rerpoir,Ie   dcfîr,  Parvndeftin  immuable 


Suiuent  d'ordre  va- 


A  joie  &  le  delplailir,  La  peur,  l'elpoir. 


le   defir,  Parvn    deftin  immuable,     Suiuent  d'or. 
 O- 


drc  variable. 


A  joijc&le  de(plaifir,Lapeur,refpoir, 


5 


le  dcfir, Parvn  deftin  immuable  Suiuenc 


DE  LA  ROYNE. 

aux  Satyres. 


Lapeur,refpoir,ledefir,  Parvndeftin  immuable 


Suiuenc  d  ordre  variable.        2^  TENOR. 


■4 


A  joi/î;&  le  defplaifir,Lapeur,  Tef^ 


poir,Ie  defir  Parvndeftin  immuable  Suiuentd'or- 


dre  va-  riable. 


BALET  COMIQ^DE  LA  ROYNE. 


CHANT  DES 

SATYRES. 

Pan  fDiane  irritée 
S'ejl  des firejls  ahjentee. 
Et  tant  de  njmphes  des  hois 
Quifouloyentdejjotis  leur  dame 
PreJJer  l'herbe  à  la  cadance 
Des  doux  accords  de  leur  voix. 
TDefJkslalyre  d'yuoire 

Elles  chantojent  la  viéloire 
T>e  lupiter  Roy  des  TDieiix^ 
Arme  de  foudre  &  d'orage^ 
^ui  meit  des  G eans  la  rage 
Sous Jès  pieds  yi^orieux. 
Leurbalejloit  dele^lable^ 
Et  leur  yoix  très- agréable^ 
Aujft  Phebus  laprifoit: 
^jiand elles  chantoyent  de  France 
Lesloixjes  Rois /abondance, 
Leur^ers  tant  plus  nous  plaifoit. 
Lé  chant  Y'^-fiape  l'oreille j 
La  rejtouità  merveille 
S'il  publie  la  l^ertu 
T>lfn  Roy  ,graue  de  luflice^ 
Qui  par Jès  mœurs  a  le  Ifice 
Non  parfirce  combatu. 


BALET  COMIQJVE 

Eftans  arriuez  à  la  treille  d'où  ils  cftoyentpartis^ 
ils  apperceurent  que  vers  eux  fadreflbit  vnbois  de 
douze  pieds  de  largeur  en  diamètre  ^  &  de  trois  en 
hauteur  3  compofé  en  forme  &  façon  d  Vne  groflè 
motte  de  terre  toute  ronde.  Autour  de  ce  tertre  & 
motte  y  auoit  à  quatre  rangs  &ordres  bien  allignez 
ôc  difpofez ,  de  beaux  arbres  verdoyans  :  &  furie 
milieu  delà  motte  on  voyoit  vn  petit  bout  de  ro- 
cher efleuéj  fur  lequel  y  auoit  vn  gros  arbre^au  mi- 
lieu des  brâches  duquel  fenlaçoyent&  mefloyent 
les  autres  arbres ,  &  ainfi  vnis  enfemble  faifoyenc 
vne  fueillee  fort  ferrée  &:plaifante.  Toutledeflbus  È 
eftoitdegros  gazons  verdoyans  &r  pleins  de  fleurs  1 
parmy  Therbe,  fur  laquelle  vous  apperceuiez  des  I 
lézards  &  ferpenteaux  fe  trainans,  &  comme  y  laif- 
fans  leur  trace.  Les  Chefnes  de  ce  bois  eftoy  et  char- 
gez de  glands  dorez^reprefentâs  au  vif  les  naturels: 
ce  gros  arbre  eftât  artificiellemen  t  dreflé  fur  le  petit 
rocher,  fur  lequel  quatre  nymphes  Dryades,  ayans  ' 
le  dos  appuyé  audit  arbre  5  eftoyent  afïîfes,  veftues 
à  l'antique  de  toile  dor  verte,  toute  couuerte  de 
bouquets  d  or  &de  foye  d'Italierlefquels  fignifioiéc 
la  puiffance  qu  elles  auoyét  fur  les  plates.  Les  man- 
ches de  deffus  eftoyét  de  crelpes  dor  &  de  foye  fort 
larges ,  &  retrouflees  iufques  auprès  des  efpaules: 
mais  celles  de  deflbus  eftoyent  de  pareille  couleur 
que  la  robbe,la parure  aullî  de  leurs  cols  &  bras  re-  | 
fentoit  le  bocage  &  l'ornement  de  tefte  eftoit  tel 
qu'on  le  donne  &  attribue  aux  nymphes,  pour 
eftre attournees  de fueilles  de  chefn es  &  cfglantiers 
en  forme  deguiilandes/ans  que  les  perles  &  pierre- 


DELAROYNE.  $ô 

ries  y  fu  flènt  efpargnees ,  ny  le  crefpe  d  or  &  de  (bye 
qui  voletoitde  toutes  parts,  &  faifoit  paroiftre  la 
magnificence  de  celle  qui  repreftntoit  ce  fuperbc 
&  excellent  Balet.Et  d'autant  que  lantiquité  a  creu 
que  ces  nymphes  habitoyent  es  b ois ^  &:xju  elles  y 
prefidoyent  :  aulïi  auoyent-elles  trois  bouquets  de 
rueilles  de  chefne ,  aucc  des  glands  fur  leurs  telles, 
&  en  leurs  bras  des  chapeaux  &  guirlandes  de  fleurs 
come  deflus  :  le  tout  fait  d  or  &  de  foye.  Sur  le  der- 
rière de  1  efpaule  gauche ,  chacune  d  elles  portoit 
en  efcharpe  vne  trouffe  ou  carquois  d'or  bruny, 
plein  de  flèches,  &  vn  arc  tendu  en  leurs  mains: 
ayans  le  porc  ôc  contenance  de  hardies  &  pudiques 
chaflerefles. 

(  Dés  que  ce  bois  ainfî  meublé  fe  prefenta  à  la  veue 

des  Satyres  j ils  changèrent aufli tofl:  de  chant,  & 
dirent  la  chanfon  fuyuante:  laquelle  dura  iufques 
à  ce  qu'ils  furent  deuant  le  Roy ,  fans  que  la  mtifî- 
'  que  de  la  voûte  dorée  oubliaft  fbn  deuoir  &  cou- 
ftume  de  refpondre  auec  les  voix  &  inftruments. 


BALET  COMIQVE 
Le  lècond  chant  des  Satyres,    A  j,  parties. 

Es  Nymphes  à  noftrc  voix  Sortent  mainte- 


nant  des   bois.  Et  Diane  rimraorccl- 


IcDedef- 


1^ 


plaifir  nefe 


celle. 


Es  Nymphes  à  no-       flrevoix  Sor- 


tent  maintenant  des  bois.  Et  Diane  l'immortelle 


Dedefplai-        iîrne         fe  celle 


^ — ' 

Es  Nymphes  à  noftte  voix  Sortent  maintc- 


3r 


nant  des  bois.  Et  Diane     l'immortelle  De  dcfplai- 


DE  LA  ROYNE.  37 

Le  fécond  chant  des  Satyres.   A  y.  parties. 


Es  Nymphes  à  noftrc  voix  Sortent  mainte- 


nant  des  bois.  Et  Diane      l'immorccUô  Dedelplai- 


fîr  ne  fe  celle. 


ci  A  âTTs  A  f  A  ^  A  A  k/ 
V  V  V  V  V    V  Y  V  y  ^ 


Es  Nymphes  à  noftre  voix  Sortent  mainte 


nantdesbois.  Et  Diane     Timmortelle  Dedefplai- 


fîr  ne  (e  celle. 


fir  ne  fc  celle. 


BALET  COMIQUE 

SECOND  CHANT 

DES  SATYRES. 

E  S  nymphes  a  nojlre  l^oix 
Sortent  maintenant  des  hois^ 
Et  Diane  Immortelle 
De  dej^laijtrne  fe  celle. 
D'vne  ejcharpede  cuir  blanc 
Elle  a  ceint  dejjks  le flanc 
Sa  trouve  y  &  dans  Ifn  bocage 
Va  chajfer  vn  Cerfjauuage. 

Alle:^(dit-elle  en  partant) 
AHeT^^njmphes  ,tout  autant 
^lue^vofis  eflesama fuite: 
j4lle:(^y  T)rjadeSy  bien  Ififie. 

Alle'ZiO  njmphes  des  bois^ 
Deuers  l'honneur  des  f^A  L  o  l 
TDe  qui  la  grandeur  royale 
A  ce  lie  des  Dieux  se  or  aie. 


Cefte  compagnie  s  eftant  rendue  iufques  près  de 
leurs  maieftezjles  quatre  nymphes  reprefenrees  par 
les  damoyfelles  de  Vidry ,  Surgeres ,  Lauernay  ^  E- 
ftauay  la  ieune^  damoyfelles  de  la  Royne  :  celle  de 
Vidry  feule  fe  leuant  debout ,  commença  à  reciter 
auRoy  lesvcrsfuyuans^  fi  diftindement  auec  v- 
ne  telle  grâce  &  modeftea(reurancej  que  lesdo6tes 
ailiftans,  qui  iufqu'à  celle  heure  nauoyent  eu  co- 
ojnoiflance  d  elle  y  ingèrent  à  Hnftant  la.  viuacité  dé 
(on  efprit  capable  &  fufceptible  de  chofes  plus 
hautes  ôi  difficiles  en  toutes  fciences  &  difciplines* 


DE    LA    ROYNr-  38 

LES  DRYADES 


AV  ROY. 


E  rameau  l^erdijfant^quien  couronne  ejlend . 
Sa  jueille  dentelée     le  ^and  qui  nous  fend 
Surlcjront  ^monflre  ajj[e:zque  nous  fommes 
Deejfes, 

ui  viuons  aux firejls^des  'vieux  chejhes  hofiejps: 
EJ^rits  francs  du  treJJ^as^  qui  tenons  le  milieu 
Dans  y  n  corps  firme  d'air^des  hommes  &  de  Dieu. 
Ce  grand  Dieu  lupiterfeul  archer  du  tonnerre 
Quijkit  mouuoir  les  deux  &  arrefie  la  terre, 
^Demeurant  en  repos  jouJîoursfemUahleàJoy, 
ê^ui  crée  la  matière  &  ordonne  la  loj 
Au  feuere  Deftin  ouurier  de  toute  choje, 
D'ordre  continuel  que  la  Parque  dij^oje. 

Nous  fommes  toutesfiis fujets  aux  aâions^ 
Sujets  a  changement  ^ autres  payions, 
Parapprehenjîon  que  les  mortels  ej^rouuent 
TDe  haine  &  de  defir^parqui  les  fins  sefimouuent 
Auec  ï entendement  de penfers  agité: 
Noflre  labeur  pourtant  fiuit  no flre  qualité^ 
Nojlre  ouurage  efl  diuin,  ^  le  mortel  s'applique 
Au  mefinage priuéou  a  la  république. 

Mais  te^rit  qui  de foj  y  eut fuiure  la  yertUy 
Par  l'image  du  bien  efl  Jduuent  combatu, 
Quifians  corruption  de  firme  ou  de  matière^ 
Se  lafihe  au  njice^  &  perd  fa  puretépremiere. 
Ce font  ceux  que  Ion  dit  qu'on  a  par  art  charme:^, 
^jje  les  fircieres  ont  dans  un  cerne  enferme":^ 
Par  yœux  &  par  le  fang  d'inhumains facrifceSy 


BALET  COMIQUE 

A  fin  de  les  auoir  k  leurs  crimes  propices ^ 
Attire'Zj^arrej^oirtïlfn  honneur  qui  efllfain, 
^Mf  pourrait  on gaigner  d'ifn  m  'ijerable  humain? 
Rien  quvne  chojè^aine.  Ainfi  Circe  transfirme 
Les  hommes  icy  près  en  figure  dijfirme 
Dvn  tigre ^d' éléphant ^d'^n grand  cerf^ou  d'iin  ourSj 
Monflrueux  à  iamais  s  ils  n'ont  quelque  fecours. 

Les  T>eejfies  des  eaux,  de  fa  yerge  enchantées^ 
Sont  deuant fon  chafleaufiir  les  pieds  arreflees 
Sans  aucun  mouuement.fitns  haleine ^ny  yoiXy 
Immobiles  ainfi qu^ne fi)uche  de  bois. 
A^ercure  s'efl  aufii  laifié  combatre  &  prendre ^ 
Qui  de  Circe  ^ouloit  les  Naiades  défendre. 
Quiconque  de  leffoirl^ainement fi  déçoit^ 
Qui  craint  y  &  pour  conduite  autre  confeil  reçoit 
^jie  de  fin  naturel  l'innocence  première, 
Efiatfiément  ^vaincu  des  arts  de  la  Sorcière: 
^ui  dedans fin  chafieau  de  plaifirle fiduit. 
Et  les  jeux  de  teffrit  luj fille  d'y  ne  nuit. 

lamaïs  cefiepoïfion  d'efierance  nj  crainte 
JSf'a  la  "Vertu  du  cœur  de  ces  nymphes  defieinte: 
L'efierance  quifiitbrufierde  vanité. 
Comme  la  crainte fiit  geler  de  laficheté: 
^lui  ajfiaillent  celuy  qui  point  ne fi  contente 
Décela  que  nature  en  propre  Itiy prefiente. 

le fiuîs  la  nymphe  Opis,qui  mets  dans  le  carquois 
T)e  T>iane  les  traits ,  ie  la fuy  dans  les  bois 
Et  conduis  auec  moy  fit  troupe  chajfireficy 
j4duerfiaire  d'Amour, des  leux  &  de  Parefifi: 
Enfiemble  nous  allons, a  fin  de  requérir 
Pan,qu  il  vienne  auec  nôus  ces  nymphes  fiecourir. 


DE     LAROYNE.  3P 

La  damoy felle  ayant  parachcué  fa  harangue ,  le 
bois  feit  vn  tour  deuat  le  Roy^  puis  lentement  f  alla 
rendre  iufqu  au  bocage  du  Dieu  Pan  :&auilî  toft 
le  rideau  quicachoitle  bois  tomba^  cxpofancàla 
veue  de  chacun  la  beauté  merueilleufe  de  ce  pour- 
pris.  Pourautant  que  de  ce  bocage  tous  les  arbres 
cftoyent  chargez  de  lampes  ardentes  :  &  en  outre  y 
auoitparcy  parla  cent  flambeaux  allumez, quiren- 
doyent  ceft  ombrage  bocageux  beau  &  clair  com- 
me le  iour  mefmc.  Au  milieu  d'iccluy  eftoit  le  Dieu 
Pan  affis  fur  vn  gazon,  deuant  la  grotte  que  cy  def- 
fus  ic  vous  ay  effigiee(lequel  eftoit  reprefenté  par  le 
fîeurdeluuigny  efcuyçrdu  Roy,  &  gentilhomme 
fauori  des  Mufes  &  de  Mars)  qui  ayant  defcouuert 
les  nymphes  des  bois  approcher  fon  temple,  com- 
mença en  fîgne  derefiouiflance  pour  leur  venue, 
de  iouër  de  fon  flageolet ,  duquel  il  a  efté  iadis  Im- 
uenteur.Ce  fut  lors  qu'on  entendit  vne  douce,plai- 
fante  &c  harmonieufe  mufique  des  orgues,  dedans 
la  grotte,  derrière  le  Dieu  Pan  :  &:ceflant  cefte  mu- 
fique d  orgues  fourdes,  la  damoyfelle  de  Vidry 
faddreflant  au  Dieu  Pan  Juy  parla  en  cefte  forte. 

OP  IS,  DRYADE, 

A  PAN. 

A  N  j  qui  d'vn  firme  accord  tes  Satyres 
contiens^ 

Et  d'^vn  nœud  éternelles  elemens  retiens ^ 
Toy  quijkis  tout  changer  fins  changer  de 
nature^ 

Donnant  incejjamment  aux  chofeénourritHrcj 

ICiij. 


BAL  ET  COMIQUE 

Toy  qui  par  ordre fçak  tvniuers  dif^ofer^ 

Et  à  qui  nul  des  dieux  noferoit  s'oppojèry 

T)es  nymphes  gardien    nefl  temps  de  te  plairt^ 

A  fonner  de  ta  jlufle  en  ce  bois  folitaire. 

Ce  nejl point  lupiter^ce  neft  Neptune  aujjt^ 

Cenejlpointlfn  Géant  aux  combats  endurcjy. 

Ce  nejl  le  noir  Pluton  généreux  de  courage  y 

Roy  des  peuples  damneT^qui  commande  à  la  Rage, 

A  Cerbère la  Mort^à  cent  monflres  diuers, 

^jii  ait  dejon  enfirles  abjfmes  ouuers. 

CVy?3  mais  la  honte^hélas  !  en  la  bouche  me prejp 

Les  leuresfurles  mots:  cejll^ne enchanterejje^ 

Circe pleine  d'orgueil  ctenuie  &  de  defdain^ 

^jii  dedans  ce  chajleau  que  tu  'y oisjt  prochain 

Ne  tient  point feulement  des  nymphes  prifonnieres 

^jù  Diuent  dans  les  eaux  :  mais  eÏÏj  a  naguère  s 

Mercure  aujjî  mene^  où  elle  tient  jèrmel^ 

TDes  hommes  dans  fon parc  en  monflres  transfirmeT^ 

»  // fkfche  d'eflre  ferf^  mais  cefle feruitude 

"  ^j^on  rend  a  l^n  indigne  efl plus  n)ile  &  plus  rude. 

Nefoujfre  du  grand  Tout^  Pan^  le  maiflre  &  le  Roy 

^ue  cefle  Circegaigne  &  conquefle flirtoj: 

TDeJîa  elle f  honore  aJJeT^e  tes  trophées 

Puis  que  da?2sfonchafleau  elle  retient  tes  fees: 

Elle  qui  peut  Ifuider  par fla  manque  voix 

De  Naiades  tes  eaux^de  TDrjades  tes  bois. 

Puis  ayant  finy  fon  dire Pan  fe  leua,&  refpon 
dit  en  ces  parolles  aux  Dryades. 


• 


DE    LA  ROYNE. 


40 


RESPONSE 

DE  PAN. 


A  Y  toy^ gaillarde  Opis,&  toy  léger  Satyre 
I  CeJJedeplHsenJiertamufete y&*yadirc^ 
^ux  autres, que  le  leu  dans  ces firefls  cj^arty 


'Hjls  s'ajjemhlent  icy  maintenant  de  ma 
part: 

Et  'yous  TDrjadcsfaurs^  des  hois  troupe  diurne^ 
Isie  bleJnjijjeT^de  peur  qui  vous  bat  la  poitrine: 
AjJeurc'^-^OHs  de  moj^JVymphes^aJfeureT^-'youSj 
^J4e  Circe  ej^rouuera  le feu  de  mon  courroux. 

Et  aufiî  toft  JejJ  Dryades  defccndircnt  de  leur 
bois^&  le  placèrent  aux  quatre  niches  qui  eftoyenc 
alentour  du  dieu  Pan  ^  toutes  ayans  la  face  tournée 
verslafalie:  après  les  huid  Satyres  entrèrent  auffi 
au  dedans  du  bois^  fe  couchans  fur  Therbe  tout  au- 
tour de  Pan  3  ^  recommencèrent  lors  la  chanfon 
qu'ils  auoyent  chantée  à  leur  entrée:  &  a  chacun 
couplet  la  mufîque  de  la  voûte  dorée  refpondoit: 
&  durant  ce  chant ,  le  bois  des  Dryades  fc  retira  &c 
fortit  delafalle. 


Figure  des  (juatre  Vertus. 


B  AtlT  C  OMIQ^DE  t  A  ROYNl.  41 

Cefte  harmonie  bocagere  prenant  fin  ^fortit  de 
l'autre  treille  vne  autre  troupe,  qui  eftoit  le  troifie- 
me  intermède ,  compofé  de  quatre  vertus ,  repre- 
fentees  par  quatre  filles  veftucs  de  bleu  celeftc,  ayâs 
leurs  robes  chargées  deftoiîes  dor  bruny:faifant 
entendre  la  perfedlion  de  ceux  qui  accompagnent 
&  fuyuent  la  vertu. Leur  coiffure  eftoit  faitte  à  arca- 
des d  or  &  de  fbye,  &  au  deflus  de  la  tefte  voy  oit  on 
trois  grandes  eftdilesreluifantes.  La  première  por- 
toit  vn  pilier, l'autre  vne  balance,  la  troifiemc  vn 
ferpent  j  &  la  quatrième  vn  vaze  :  le  tout  fai£t  d'or 
bruny.  Deux  d'entre  elles  ioùoyent  de  luts^  &lcs 
deux  autres  chantoyenr,qui  donnèrent  grand  plai- 
fîr  à  la  compagnie  j  pour  la  douceur  de  leurs  voix 
excellentes:aueclefquelles  ils  dirent  la  chanfon  fuy- 
uante,  refpondant  à  icelles  la  voulte  dorée. 


BALET  COMIQVE 
Chant  des  quatre  vertus. 

leux,      de  qui  les  filles 


nous  fommes,     O  dieux,  lespro-        tedeurs  des 

hommes.  Du  ciel  auec            nousdefcen-  d 

ez 

m 

Dieux  puifTans       fuiuez  à  la  tra-          ce  L( 

^s  ver- 

tus  qui  font  voftrera-  ce. 

En  laFran- 

ce  que    vous  ga 

rdez. 

DE  LA  ROYNE. 

Chant  des  quatre  vertus. 


41 


leux,  de  qui  les  filles  nous  fonimes. 


O  dieux,  les  protedeurs  des  hommes.  Du  ciel  auec  nous  defcen- 


deZjDieuxpuiflànsfuîuezà    la  trace     Les  vertus  qui  font 


voftrcra-         ce,      En  la  France       que  vous  gardez. 


L.ij. 


BALET  COMIQVE 
Refponfc  de  la  voûte  dorée  aux  vertus  :  à  chaque  couplet 


TENOR, 


^^^^^ 


B  A  S  S  V  S. 


DE  LA  ROYNE.  43 

c  eftoit  vne  Mufiqiie  de  douze  inftrumens  fans  voix. 


x".  CONTRA 


m 


L.iij. 


BALET    COMI  QJV  E 


CHANSON    DES  VERTVS. 

iv^vXyde  qui  les filles  nous JommeSj 
^  ^  O  Dieux  j  les proteéleurs  des  hommes^ 
/  ^  Du  ciel auec nous  dejcende:^: 
TDieux puijjans fuyueT^  la  trace 
Les  V ^rm^  qui  font  vojlre  race^ 
En  la  France  que  vousgarde^ 
Les  mortels  m'appellent  Prudence^ 
Del^ejj^rittres'fiuredefinje, 
^uipreuoit  les  chofes  parmoj: 
Quand  ducielie  fuis  dejcendue, 
Hoflejfeie  me  fuis  rendue 
De  la  raifon  de  ce  grand  Roy. 
Moy  Tempérance  modérée^ 
Rojne  de  la  faifon  dorée ^ 
le  l'ay  en  naijantalaitte: 
^ui  tournant  en  propre  nature 
J\4on  laitj  dont  il  prit  nourriture , 
Commanda  fus  la  ^volupté. 
Etmoyyiay  fa  poitrine  emprainte 
Du  fage mej^rls  de  la  crainte j 
Dés  lors  que  ma  main  le  berça: 
j4uJJtfiudrojantde  prouejje^ 
jiuec  la  fleur  de fa  leunejje 
Les  yerds  lauriers  il  amajfa. 
Il  tient  pour  le  droiêi  &  le  'yice 
Egaux  le  lojer  &  fupplice 
Dedans  fa  balance  de  poix: 
Parluy  la  France  efi  à  ce  fie  heurt 
De  moy  lufiiceja  demeure , 


DE    LA    ROYNE.  44 

Et  le  ten^ple  honore  des  loix. 
Il  arme  ia  fa  main  feuere^ 

Contre  cefie  indigne  Sorcière^ 
Qui  charme  du  peuple  les  jeux: 
Defcen  P allas,  &  ne  dédaigne 
TD  'eflre  la fidelle  compaigne 
TDece  princelfiflorieux. 

Puis  les  vertus  ayans  pafle  par  deuant  le  Roy ,  la 
Royne  mere^  &  les  princes,  &  fai6t  corne  les  autres 
le  to  ur  de  la  falIe^s'ofFrit  deuât  elles  par  la  voy e  de  la 
mefme  treille,  par  laquelle  elles  eftoyenr  entrées  en 
la  falle^  vn  fort  beau ,  riche  &  magnifique  chariot^ 
quieftoittrainépar  vn  grand  ferpent.  Ce  chariot 
crtoit  hault  fur  le  deuant  de  quatre  pieds,  fur  le  mi- 
lieu de  huid ,  &  fur  le  derrière  de  dixhuidt ,  eftofFé 
&  reueftu  tout  à  fon  tour  de  trophées  d'àrmes,deli- 
ures&inftrumensdemufique,  &tout  releuc  d'or 
&d'argent  bruny  :  &r  entre  les  trouffes  &  trophées 
voyoit-on  bon  nombre  devifages  &mafqucs  do- 
nans  grâce  à  toute  la  manufadurc.  Sur  le  derrière 
&  au  plus  hault  de  ce  char  triomphant ,  eftoit  ma- 
damoyfelle  de  Chaumont,  reprefentant  la  deeffe 
Mineruc ,  veftue  d Vne  robe  de  toile  d'or ,  auec  fon 
corcelet  de  toile  d'argent:  au  milieu  duquel  &  de- 
uant &  derrière  eftoit  effigieelatefte  effroyable  de 
Medufe  faitte  d'or  bruny  :  la  falade  &  habillement 
de  tefte  de  toile  d  argent ^  &  enrichi  d'vne  infinité 
de  pierreries  &  perles  d'ineftimable  valeur.  Sur  le 
derrière  du  timbre  y  auoit  vn  pennache  embelU  de 
plumes  d'Aigrette.  La  Deeffe  portoit  en  la  main 


BALETCOMIQ^DEtAROYNB, 

droite  fa  lance  toute  doreej&  en  la  gauche  l'efcu  & 
pauois  ou  eftoi  t  encore  peinte  la  telle  de  la  Gorgo- 
ne Medufe,d'or  &r  d  argent  bruny.  Tout  à  lentour  • 
du  chariot  y  auoit  cen  t  flambeaux  de  cire  blanche, 
qui  donnoyêt  merucilleux  luftre  à  l'ouurage:  mais 
plus  eftoit-ililluftre  parlagrace  &  granité  de  cefte 
damoyfelle ,  laquelle  ne  demétoit  en  rien  ce  qu'on 
donne  de  maieîté  à  Mineruc,  &  la  nature  mefme 
fembloit  auoir  pourueu  ccfte  damoyfelle  de  fcs 
plus  riches  &  rares  threfors.  Les  quatre  Vertus 
voyans  venir  Pallas/oudain fe  meirent  deux  d'elles 
de  chacun  cofté  du  chariot,  lequel  entrant  dans  la 
làlle  traifné  par  ce  grand  ferpent ,  f  en  alla  tout  bel- 
lement iufques  à  lefcalier  oiieftoit  le  Roy.  Et  ce 
pendant  la  mufique  delà  voulte dorec ,  compofee 
dmftrumês  &de  toutes  voix  enfemble,  commen- 
ça ainfi  que  s'enfuit,  auec  vne  telle  douceur  &  har- 
monie ,  que  les  alïîftans  comme  eftonez  penfoy  ent 
ouir  à  Tarrinee  de  cefte  deeffe ,  quelque  partie  de  la 
mélodie  harmonieufè  des  cieux. 


Figure 


B ALET  COMIQVE 


Erru  en  rame  immortelle  demeure, 


Il  faut  que  bref  touc^  autre  chofc  meure,  Pourtat  le  vice  aus  ver 


i 


tusfe    combat:      Nature  fit  Tes  lois  irreuoca- 


feiv^^i  Ertu  en  l'am^  immortelle  demeure, 


Il  faut  qu'c bref couc^  autre chofe  meure,  Pourtat  leviez:  aus  ver- 


tusfé  combat:    Nature     fît  Tes  loisirrcuoca- 


Ertu    en  ramjc  immortelle  demeure. 


.  \^ — I  1  


Il        faut  qu*c  bref  tout/e:  autre  chofe  meure,  Pour- 


YiCiC  aus  vcmisfc  c-ombat:  Nature  fitfcs  lois  irrcuoca- 


DE  LA  ROYNE, 


Ertu  en  lamiS  immortelle  demeure, 
~  Il  faut  qu  é  bref  toutiC  autre  chofe  meure,  Pourtât  le  vioeJ  aus  ver- 


tus  fe  combat:     Nature     fit  fes  lois  irreuoca- 


Ertu   en  l'amji  immortelle  demeure. 


Il  faut  qu  e  bref  tout^  autre  chofe  meure,  Pourtât  le  vic;C  aus  ver- 


rusfè       combat:  Nature     fit  Tes  lois  irreuoca- 


Ertu  en   lamii immortelle  demeure. 


Il  faut  qu'êbref  toutiC  autre  chofe  meure,  Pourtât  le  viciC  aus  ver- 


tus  te  combat:  Natute    fit  fesloisirreuoca 


M.ij, 


BALET  COMIQVE 
S  V  P  E  R  I  V  S. 


i 


bles.  Parle  difcord  les  elemens  font  fiables,  Mefmes  Fa- 


mour  l'engendre  du  d^bac. 


TENOR, 


bles.  Par        le  difcotd  les  elemens  font  fiables. 


Mefmes lamour  fengendre du  débat 


i\  TENOR, 


bles.  Par        le  difcord  les  eîemcns         font  fiables. 


MefinesFamour  f  engendre  du  débat. 


DELA  RO  YNE. 

.     S  V  P  E  R  I  V  S. 


47 


5^- 


blcs.  Par  ledifcordiesclemens     font  ftables. 


Mefmesramour       fengendredu  debac. 


CONTRA. 


bles.  Par  le  difcord  les  elemens 

font  ftâblcs,  Mefmes  Ta- 

mourf  engendre  du  débat. 


R  A  S  S  V  S. 
bles.  Par  le  difcord  les  elemens  font  ftables,  Mefmes  Pa- 


 f— j; — 

mourfengendre  du  débat, 

M.iij. 


BALET  COMIC5^E 

Ce  char  arriué  deuant  le  Roy  ,&  la  mufique  finie^ 
Pallas  fe  leuant  debout  f  addrefla  au  Roy  j  &  d  Vne 
voix  graue,  haute  &c  intelligible  prononça  ce  qui 
fenfuit. 

MINERVE 

A  V  ROY. 

y  chef  de  lupiter  ie  fortis  toute  armée ^ 
êluad  la  te  fie  on  luy  eut  d'vne  hache  entamée: 
T>e  fon  diuin  cerneau  ce  grand  Dieu  m^en- 
jnnta^ 

Et  luy-mefme  en fes  bras  au  plus  haut  me  porta 
T>e  l'Olympe  efioilé^ou  ieprms  nourriture^ 
Et  pour  m' accompagner  il  me  laijja  Mercure. 

De firt  rares  prejens'tereceu:^dejamain, 
La  raiJonj,qui  régit  tej^rit  doux  &  humain^ 
Et  des  Ifijles penfers  il  me  donna  la  bride ^ 
Dont  fur  l'entendement  des  hommes  ie  prefde. 
A  Adercure  il  donna  pareillement  les  SenSj 
Frères  aile:<^au  dos^plus légers  que  les'yentSy 
Incertains  comme  luy ^muables  6*  'y  otages^ 
^^uipoujfent  çâ  &  la  le  defirdes  courages^ 
T>' imaginations  menant  la  l^olonté 
Tantojlala^ertu^tantofl  à  volupté. 

Ceux  qui  a  la  yertu par  maint  labeur paruiennent^ 
Toufours  en  ajfeurance  auecque  moj fe  tiennent: 
Des  autres  qui  fans  mojy  ont  les  plaifirs  fuiuy. 
Le penferejl  d'eJj>oir  &  de  crainte  rauy^ 
Qui  fins  guide  courans  du  chemin  fe  defuojent 
Et  au  gouffre  profond  des  délices  fe  nojent, 
Sans  mourir  toutesfiis  ;  car  l'ejjrit  ne  meurt  pas 


DE     LA    ROYNE.  48 

^uj  meurt  en  Ifne  'ylCj^  "vit  en  l^n  trejj^as 
Priuê de  iugement^Jous  la  chaijhe  cruelle^ 
TD  u plai/tr  qm  lefj^rit  fans  raijon  enjorcelle. 
Tels  font  ceux-là  quon  dit  que  la  Circe  conduit 
Che'^elley  &  de  penjers  Vainement  les  feduit. 

Or  Mercure  "vqyantdes  nymphes  feparees 
Qui  s'eflojent  au  chemin  de  la  Circe  e [garées^ 
Temeraire^fansmojducielefldeualéy 
A  fn  de  refirmer  leur  corps  enjorcelé: 
Ou  lujmefme  deceu  de fa  y  aine  prudence^ 
Voit  que  fans  la  raifon  bien  peu  fert  ï éloquence 
'Et  le  mieleux parler  dont  ilfefloitarmêy 
Luy-mefme  demeurant  en  ce  palais  ^charme. 

Grand  Roy^  le fang  des  Dieux /Dardanienne  race, 
TDe  qui furies  cheueux  la feur du  ciel f  enlace^ 
Dequilefceptre  d'ordes  ajlres  efil^enu^ 
Sceptre  que  lupiter  en fes  mains  a  tenu, 
Circe  en  France  auiourdhuy  refle  feule  à  combatre^ 
TD'autres  chafieaux pareils ja  tu  m'asfiitabatre: 
le  toyja  m'appeUerJe  ^aj^pour  te feruir, 
ChafieaUy charmesjiens^â  la  Circe rauir. 

Puis  ayant  finy  fon  propos, fon  chariot  ayant 
fait  vn  tour  s*arrefta  au  milieu  de  la  fallejOÙ  auec  v- 
netrifte  &:  hautaine  contenance  elle  commence  à 
leuerles  yeux  vers  la  nuee^  &àinuoc][uerIupiterenL 
ces  mots. 


B  ALEX  COMICJ^B 


MINERVE  A  IVPITER. 

E  s  c  E     Perejcy  has^qui  nages  das  les  flot  s 
T)e  la  nue  argentée, oh  te  te  "vois  enclos 
WÀ  Regarderies  mortels  :Jky^perej  qu'elle  s*ou- 
urej 

Ht flamhlojant  d'efilairs  ton  yifage  defcouure. 
le fçay  que  iepouuois feule fans  t  appellera 
Seure  de  la  "vi^oire^en  ce  combat  aller  ^ 
D'y  ne  targe  d'acier  double Jept fiis^armee^ 
§lui  du  poïl  venimeux  de  Medufe  ejl  femee: 
Cheueux faits  de prpens^& du  regard  fatal 
Des  jeux  elle  empoifonne  5  trempe  cemetal^ 
Faifant glacer  le  corps  en  l^ne pierre  dure^ 
De  celuy  qui  la  njoit^fans  changer  de  figure. 
Mais  cefiiÛeflaux  Dieux  &  aux  hommes  commun^ 
Et  tu  es  Jupiter JroiéÎHrier  a  chacun. 
Car  celuy  qui  na  point  de  caufe  en  la  querelle 
Mérite  contre  luj  qu  après  on  fe  rebelle j 
Combien  quil  ait'yaincUy& que fes  ennemis 
Flechiffant  les  genoux  aluj  fefojentfoufmis:  . 
Tu  as  de  l'vniuers  tout  feul pris  la  defenje. 
Et  celuy  commettroit  indignement  offinfe^ 
Prefomptueux  d*  orgueil ^qui  te  Ifoudroit  aider ^ 
Comme  fttu  n'eflois puijfant pour  le  garder. 

Tu fçais  bien  [caria  nuiéî  rien  à  tes  jeux  ne  cache)  , 
^ue  Circe  n'a  iamais  de maUfkire relâche^ 
Par  t  horreur  de fes  mots  de  charme  enuenime^» 
Tonne  d'enhaut pour  moj  de  tes  traits  enflamme':^^ 
TDeta  foudre  meurtrière  empenne  vn  noir  orage ^ 
Et  du  lieu  diffamé  les  fhndemens  faccage. 


BB   tA   ROYNE.  4^ 

Apres  laquelle  prière  on  ouit  auffi  toft  au  defliis 
des  nues  vn  grand  bruit  &fon  de  tonnerre^  qui 
continua  longuement,  quand  cefle on apperceut 
la  nuee  f  abaiflèr ,  &  petit  à  petit  defcendre  en  bas^ 
de  forte  qu'il  (ernbloit  que  ce  fuft  vne  fumée ,  tant 
la  feinte  eftoit  bien  dreflèe  :  &  durant  cefte  defcentc. 
la  mufîque  de  la  voûte  dorée  commença  à  chanter 
auec  nouueaux  inftruments ,  &  différents  des  prc- 
cedens  :  la  plus  dode  ôc  excellente  mufique ,  qui 
iufqua  lors  euft  efté  chantée  &  ouye,  comme  £c 
cognoiftra  par  la  note  fuyuante. 


La  mufique  qui  fut  chantée  en  Javoutcdorccpcn* 
dant  que  lupiter  dc(cendoic,où  ils  eftoyent  qua- 
rante muficiens, voix  &  inftruments. 


N.j. 


BALET  COMIQVE 


Bien  heureux  le  ciel  qui  de  fes  feux  nouueaux 


laloux  effacera     tous  les  autres  flambeaux,  O  bien  heureux  en- 


te 


cor  fous  ces  princes  la  terre,     O  bien  heureux  auf- 


Bien  heureux  le  ciel  qui  de  fes  feux  nouueaux. 


laloux  effacera       tous  les  autres  flambeaux,  O  bienheureux 


m 


■3^ 


cncor  fouf  ces  princes  la  terre,     O  bien  heureuxMuf- 


Bien  heureux  le  ciel  qui  de  Tes  feux  nouueaux 


laloux  effacera       tous  les  autres  flambeaux,  O  bié  heureux  en- 


cortousccsprincesia  terre,  O  bien  heureux  auC- 


DE  LA  ROYNE 


Bien  heureux  le  ciel  qui  de  (es  feux  npuueaux. 


laloux  efFacera        tous  les  autres  flabcaux,  O  bien  heu- 


reuxencor  fous  ces  princes  la  terre,     O  bien  heureux  auf- 


Bien  heureux  le  ciel  qui  de  fes  feux  nouueaux. 


laloux  effacera      tous  les  autres  flabeaux,  O  bien  heu- 


reux  encor  fous  ces  princes  la  ter-  "*      re,  O  bien  heureux  auf- 


Bien  heureux  le  ciel  qui  de  fes  feax  nouueaux, 


laloux  efFacera       tous  les  autres  flabeaux,  O  bien  heureux  en- 


9r 


cor  fous  ces  princes  la  terre,  O  bien  heureux  auC- 


i 


N.ij, 


BALET  COMIQVE 


m 


i 


{y  le  nauire     FrançoysEfcIairé  de  Tes  feux,  bien  heu- 


reufesleursloixQuibaniront  d'icy   les  vices    &  la  guer- 

^^^^^ 


re.  Qui, 


fy  le  nauire    Fran-        çoys  Efclairc  de  fcs  feux,  bien 


heureufes  leurs  loix,  Qui banirontd'icy  les  vices  les  vices  & 


la  guerre,  Qui  banirontd*icy  lesvi-        ces     &  la  guerre. 


fy   le  nauire     Françoys  Efclairé  de  fes  feux,  bien  heu- 


^  ^  ^  ^  ^ 


reu(ësIeursloix,Quibanirontd'icy  lesvi-        ces  '&laguer- 

 ©- 


re,  Qui  baniront  d'icy  les  vices  les  vices  ôc  la  guerre. 


DE  LA  ROYNE 


fy  le  naui-      re  Françoys,  Efclairc  de  Tes  feux,  bien  heu- 


reufes leurs loix,Quibanirotd'icy  les  vices  &  la  gucr- 


re.  Qui  baniront  d*icy  les  vices  &  la    guer-  re 


fy  le  nauire  Fiançoys  Efclairé   de  les  feux,  bien  heureufès 


leurs loixQm baniront  d'icy   les  vices  &  la  guer- 


Qui, 


^  ❖ 


fy  le  naui-        re  Francoys,EfcIâiré  de  fcs  feux,  bien  heu- 


21$ 


reufes  leurs  loix  CJui  baniront  d'icy  les  vices  &  la  gucr 

— — ^  e- 


re.Qui, 


N.iij, 


BALET  COMIQJV^E 

La  mufîque  finie  le  fîeur  de  Sauornin  (qui  eft  au 
Roy,  pour  eftre  doué  de  beaucoup  de  bonnes  par- 
ties, &  principalement  trcfexcellent  au  chant^&  en 
la  compofition  des  airs  de  mufique)  reprefentanc 
lupiter,  f  apparut  en  la  nuee  veftu  dVn  habilleméc 
de  toile  d  or ,  fes  brodequins  eftoyent  de  cuir  doré, 
&fon  manteau  de fatin  iaulne,  chamarré  de  fran- 
ges d  or,  double  de  camelot  d  or  .-portant  en  vne 
main  fon  fceptre ,  en  l'autre  le  foudre  eiFroyable, 
&c  enfatefte  vne  belle  couronne,  le  tout  fait  dbr 
bruny.  A  trauers  de  fon  corps  il  eftoit  paré  d  yne 
riche  efcharpe  reluifante  comme  le  foleil ,  pour  les 
perles  &picrreries  dontileftoit  couuert,&  entre  fes 
iambes  vne  grande  aigle  d'or  bruny ,  &  eftant  en- 
cor  en  la  nuee  chanta  ces  vers. 

Ciiant  de  lupiter. 


N  ta  faueur  je  viens  icy  des  deux,  le  fuis  du  mon- 


djC  o  Pallas 


fbucieux,  D'vn  œil  veillant  defTus  tous 


je  regarde,  Def-  fus  les  Dieux  dedans  le  ciel  cnclgs.  Sur  les  mortelz 


qui  viuent  fans  repos,  Et  fur  fenfer  dont  Pluton  a  la  garde. 


DELAROYNE.  5I 
CHANT  DE  IVPITER. 

N  u  jkueur  ie  Ifiens  icy  des  deux, 
le fuis  du  monde ^0  Pallas^Joucieux: 
D'^n  œil  l/eiUant  dejfm  tous  ie  regarde^ 
Dejjus  les  Dieux  dedans  le  ciel  enclos, 
Surles  mortels  qui  y iuentjàns  repos. 
Et fur  tenfir  dont  Pluton  a  la  garde* 

Tout  ce  qui  l^it  de  corps  &  fentiment 
Suiet  toujtours  a  diuers  changement^, 
En  "vn  eflat  durable  ne  demeure: 
La  liaijonf  en  corrompt  &  desfiit 
Et fans  périr par  après fe  refait. 
Et prent  de  woj  vne  vie  meilleure. 

Tant  de  mortels  en  monjlres  enchante'^ 
Nymphes  &  T>ieux  que  Circe  a  furmonte'^ 
T)oiuent  reprendre  vne firme  plus  bellL^ 
^jiand ils  apiront  retrouue  la  raifon^ 
Sans  craindre  plus  d'vne  indigne  prifon 
Les  durs  liens,  ny  quon  les  enforcelle. 

Chère  P allas ^ fille:,  regarde moy, 
T>emeure icy,  tu  es fœur  de  ce  Roj, 
Ce  Roy  mon fils, fleur  du  fceptre  de  France: 
Fay  des  regards  de  Medufe  changer 
Ses  ennemis 3  &  fon  peuple  ranger 
Sous  fa  loy  iuflejjumbleiobe'^ance. 

Le  nuage  ayant  porté  à  terre  lupiter ,  remonta 
auffi  toft,&  Pallas  defcendant  defon  chariot^ qui  en 
vn  moment  fe  retira  hors  de  la  falle  :  lupiter  &  elle 
eftans  fur  pieds  furent  de  copagnie  au  bois  du  Dieu 


BALET  COMIQUE 

paftoral  Pan  :  lequel  f  enouïflanc  de  leur  arriucc,  fc 
meit  à  iouer  de  fonflageol  à  fept  tuyauxj&  feit  aufli 
fonner  les  orgues  fourdes  auec  vne  nouuelle  mufî- 
que^  &  ccfte  harmonie  eftant  finie ,  Mineruc  com- 
mence à  parler  au  Dieu  Pan  en  cefte  forte. 

MINERVE  AV  DIEY  PAN. 

s^^^SJfe  A  Nj  que  fert  que  tu  as  en  ta  garde  puijfance 
Ce  que  le  ciel  enclojt^  puijque parnonchalance 
Tu  laijjes  tout  rauir  ?  ^ue  îujouffres  &  If  ois 
Circe  qui Je  rem^are  au  milieu  de  tes  bois? 
les  nymphes  des  eaux  a  ta  garde  commijès 
Faitd'njn  charme arrejler parle  chemin Jurprijes? 
Elle^nymphe^  qui  nefl  en  rien  pareille  a  toj^ 
Plante  aux  bouches  de  tous  vngrandrenom  de Joy^ 
Pan  jniufle.cruel^remply  d'ingratitude^ 
Depuis  qu'elle  retient  Mercure  en  feruitude» 

CeVieUyqui  jut  berger  ^repofoit  au  coupeau 
T)uhautmontde  CyUene^& paijjoitlfn  troupeau 
TDe grands  moutons  cornus  lainez  d'or  fur  la  crope^ 
^luand feule  ilapperceut  tOreade  Driope^ 
^ui  de  iaunes  cheueux  auoit  le  chef  dore  ^ 
D'elle  tout  aufi  tofliljut  énamouré: 
Driope  te  conceut  de  Mercure  ton pere. 

Et  peux-  tUj  toj  des  Dieux  éternel  Ifitupere, 
Blafme  du  fang  du  ciel, peux-tu  deuant  tesyeux 
Souffrir  fans  ton fecours  quon  ojjènfe  les  Dieux? 
êlu'^vn  public  deshonneur  j'y  ne  magicienne. 
Ton  pere  prifonnier  indignement  retienne? 
»>  Souuent topinion^que le^ulgairebruit y 
n  Seme  Ifn  braue  renom ^ou  du  tout  le  defiruit. 

Tuas 


DELAROYNE.  53 

Tuas  eflepar  tous  en firce  redoutable: 
Si  tu  "veux  e^ue  l'honneur  de  ton  nom  foit  femhUhle^ 
Iljnut  en  mefmesjkits  auoir  le  mejme  caur^ 
Et  ne  le  laijfer point  defarmer  de  Ifigueur. 
«  Lésantes  'violents  d'i^ne  chaude teumjje 
»  Ne font  point  ejlime^  pourlfertu  nj  prouejfe: 
«  C'eft  du  temps  aduenir  lej^oir  'verd  qui  fleurit^ 
»  Et flétrit^  fi  le  temps  enjruit  ne  le  meurit. 

RESPONSE   DE  PAN  A  MINERVE, 

11.1.1.  de  lupiter^  T>ee[fe  courageufe. 
Tant  de  Ifertu  tejkit  des  autres  dedaigneujèi 
Ne  me  reproche  rien  Je  ne  me  fuis  caché 
Quaddemoteraux  deux  les  Geasonttafche. 
La  gloire  incejjamment  de  courage  m'anime, 
»  M  au  pour  mal  confeillé  cefiuy-là  on  ejlime^ 
"      f  hajarde  en  l^ain.  Vay  ^eu  Circe  arrefler 
Les  nymphes ^& Mercure  enchante  rapporter: 
reujje  'Voulu  en  vain  courir  à  leur  dejènje. 
Aux  Parques  ilnejkultfitire  de  refiftance. 
Nulnepeultjfinon  toy[car  iejçay  le  deflin) 
Mettre  les  arts  de  Circe & fis  charmes  à  fin. 

Puis  fortit  de  ce  bois  fuiuy  de  fes  huid  Satyres, 
chacun  defquels  portoit  vn  gros  bafton  nouailleux 
&efpineuxj&le  prefentantcefte  troupe  au  milieu 
de  la  falle  vers  le  Royjapres  auoir  fait  vne  grande  & 
humble  reuerence  à  fa  maiefté^commenca  à  s  ache- 
miner au  petit  pas  vers  le  iardin  de  Circe  :  Se  après 
eux  marcha  Minerue ,  ayant  à  chacun  de  fes  collez 
deux  des  quatre  vertus,  &  puis  lupiter  tout  feul 

O.j. 


BALET  COMIQUE 

ayant  derrière luy  les  quatre  Dryades  defront.  De 
forte  que  cefte  troupe  reprefentoit  la  figure  dVn 
braue  bataillon  &  oit  de  foldats  allansàTaflaut  & 
à  la  ruine  du  iardin  de  Circé ,  pour  en  deliurer  les 
Naiades  &  Mercure  enchantez. Eftans  ainfi  appro- 
chez iufques  à  la  porte  du  iardin,  Circé  les  ayant 
defcouuerts  ^  fe  douta  aufli  tofl  de  cefte  entreprife, 
à  laquelle  elle  délibéra  de  s  oppofer  vertueufement: 
&  parce  ^  comme  les  aflTaillans  cuiderentgaignerla 
porce^elle  haulfa  fa  verge  d  or  d Vne  main^^  de  l'au- 
tre fonna  vne  cloche  qui  eftoit  à  la  tour  de  fon  cha- 
fteau.  Et  n  eut  pas  fi  toftfait  refonner  ceft:  airain, 
qu'on  ouit  au  dedans  vn  fi  eftrange  bruits  aboyé- 
ment  &  mugiflement ,  tant  de  chiens,  loups,  ours^ 
ly  ons^que  d'autres  infinies  fortes  d  animaux^  que  le 
chafteau  fembloit  fondre  &  vouloir  abyfmer ,  ou 
tomber  tout  à  Theure  fiir  la  tefte  de  ces  aflaillans:  & 
ce  bruit  fiirieux  appaifé ,  Tenchanterefle  s'eftât  har- 
diment aduancee  iufques  à  la  porte  de  fon  iardin^ 
haulfafa  voix  de  telle  forte  que  chacun  la pouuoit 
entendre,  pour  accufer  les  Dieux  &c  Deeflesden- 
uie  auec  les  vers  qui  s  enfiiiuent. 

CIRCE. 

v  ^ois  doncqnes  entra  ce  coup  coniurez 
Ceux  c^ui  logent  au  ciel  dans  les  ajîresdore'^^ 
Et  quif  arment  la  main  de flame  criminelle j 
O  Circe^  cotre toj^irce  nymphe  immortelle? 
Non  no 3  ie  nay  de  peur  mon  eflomach  caché 
D'vn  bouclier:,  où  le  chef  de  Medufe  attaché 
Fait  foudain  transfirmer  les  ennemis  en  roche: 


DE    LA  ROYNE. 

le  ne  le  youdrois  pds^carc'eflnjne  reproche 
^jii  rend  par  tout  le  nom  de  celuy  dijjnmêj 
^ui jè  monflreau  combat  àfauantage  arme. 
Si  ie  veuxajjaillir^ou Jt  quelqu'un  m'ojjènje^ 
En  moy  tant  feulement  ie  cherche  ma  défende. 

Ce  TDieu  au  char  dore  de  qui  le  front  reluit 
Couronné  de  rayons,^  par  ordre  conduit 
Le  hal perpétuel  des  ejloiles  rangées j 
^luijnit  couler  les  ans  par  les faifons  changées^ 
Qjùjnitde  fin  flambeau  tout  le  ciel f  allumer^ 
Et  peut  de  lupiter  les flammes  consommer: 
Ce  Soleil  tout puiffantque  nature  reuere, 
^ui  meut  ceflymuers^^Soleil  qui  efimon  pere^ 
Et  au  monde  qui  y it donne  tame  &  yigueur. 
Ne  me fkit  point  geler  la  crainte  dans  le  cœur. 

j^ufft  peux-ie  changer  des  grands fleuues  la  courfe. 
Et  les  faire  heurter  Us  roches  de  leurfource 
De  leur front  efcornêj&  la  Lune  en  ces  bois 
Noirciffant la  mi-nuiêl^efi plonge  maint ejois 
^uand  ie  taj  commandé ^ayant  la  face  teinte 
TDehonte^en  rougiffantjn  pallijfant^de  crainte. 

le  yous  peux, fil  me  plaifl,  iel^ous  peux  rcftfler. 
TDj  moy  qui  ie  changea  tant  de fois  ^lupiter;, 
En  aigle  &  en  toreau,  en Jatjre  &  en  cygne ^ 
Confrffe  'Icj  "vaincueurfl  nefl:aflre  nyfgne 
^jii  luife  dans  le  ciel  de  chaleur  animée 
ien'aye  fin  corps  en  efloile firme, 
le  Ifous  refifleray  :  que  fi  la  defiinee 
A  de  ma  'verged'orla  firce  terminée^ 
Ce  neflen  ta  fkueur Jupiter ^ne  le  croy: 
Etfiquelqulfn  bien  tofi  doit  triompher  de  moy  y 

O.ij. 


BALET  COMIQJVE 

C'eficeRoy  des  François^c^ fiutque  tu  luy  cèdes  j 
Ainjicjue  te  luy  fkiSj  le  ciel  que  tu pojjedes. 

Ccfte  harangue  fiere  &  pleine  d  arrogance^irrita 
dauantage  la  compagnie  contre  elle  :  fi  bien  que  le 
Dieu  Pan  fuiuy  de  fes  Satyres  tout  defpicé  commê- 
ça  d  aflaillir  furieufement  la  porte  du  iardin^prifon 
desNaiades.  Et  lupiter  d'ailleurs  dvne  face  cour- 
roucée &  vifage  fourcilleux^  tenant  fon  fceptre  dâs 
fa  main^  &  le  foudre  dans  lautrcj  auec  vne  aigre  pa- 
role menaça  Circé  de  la traitter  de  mefme  forte^co- 
me  il  auoit  fait  Phaëthon  fon  frère  :  pour  laquelle 
encore  e{pouuâter3les  nymphes  Dryades  faifoyent 
fèmblant  de  vouloir  décocher  leurs  arcs  contre  el- 
le. Ce  neantmoins  Circéjfans  s'efpouuanter  ny  des 
menaces  de  lupiter  &  desnymphes^ny  des  effets  de 
Pan  y  defendoit  toufiours  lentrce  du  iardin  auec  fa 
verge  enforcelante^  laquelle  perdoit  peu  à  peu  fa 
vertu  par  l'elFortde  Minerue:  auec  lequel  ayant  en- 
foncé la  porte^elle  paffa  depuis  au  trauers  du  iardin 
fuiuie  de  lupiter ,  qui  d'abordée  frapa  Circé  de  fon 
foudre ,  de  manière  qu'elle  cheut  à  terre  come  hors 
de  tout  fentiment.  Dont  lupiter  ayant  eu  pitié ,  la 
releua  par  après  :  mais  Pallas  ne  voulant  perdre  le 
prix  de  la  viètoire^alla  incontinent  s'emparer  de  la 
verge  3  par  la  vertu  de  laquelle  tant  de  chofesmer- 
ueilleufesauoyentefté  exécutées  &mifes  à  fin.  Et 
pourrêdrefavidoire  plus  glorieufe  &  honorable^ 
ayant  prins  Circé  paf  la  main  la  coduit  elle-mefmc 
hors  du  iardin  ^  puis  l'amena  au  petit  pas  faire  vn 
tour  tout  le  long  de  la  lalle^eftant  toufiours  accom- 


DE     LA  ROYNE, 

pagnec  desquatre  vertus, &fuiuie de lupitcr, qui 
conduifoit  par  la  main  Mercure  defenchanté.Ccux 
cy  auoy  et  encores  à  leur  fukte  le  Dieu  Pan^accom- 
pagné  de  Tes  Satyres ,  &  des  Dryades  qui  fuiuoyent 
les  dernieres.Minerue  eftant  en  la  prefence  du  Roy 
luy  fit  prefen  t  de  la  verge  d'or,  &  de  Circé:  laquelle 
comme  vaincue  &c  defpouillee  de  fa  force ,  fe  vint 
afleoir  au  bas  du  lieu  ou  eftoyent  les  Princes.  Et  a- 
pres  lupitcr  prefenta  au  Roy  (es  deux  enfans,  Mer- 
cure &  Minerue,  quis  aUerentietterauxpiedsdefa 
niaierté/aifans  paroiftre  qu'ils  cedoyent  à  ce  grand 
Roy  en puifîance  de  commander, en  fagefle  pour 
gouuerner,  &  en  eloquencepour  attirer  les  cœurs 
des  hommes  les  plus  efloignez  du  deuoir.  Toutes 
lefquelles  vertus  ^puiffances  ilauroit  acquifes  par 
les  fages  confeils,inftruâ:ions,&  conduitesde  la 
Royne  fa  mcre  :  laquelle  eft  d'autant  plus  grande 
fur  toutes  les  princefles  qui  porterét  oncques  cou- 
ronne ,  qu'elle  eft  mere  dVn  fi  grand  Roy,  qui  n  a 
accouftumé  de  cacher  les  obligations  fi  grandes,& 
générales  &  particulières  qu'elle  a  acquilès  fur  luy. 
D'autre  cofté  Pallas  céda  llioneurde  pudicité^d  m- 
duftrie  &  de  grauité  royale  ^  à  la  Royne  efpoufe  de 
lupiter  de  France^  pour  féconder  les  vertus  de  fon 
mary,&  eftre(comme  elle  eft)  des  plus  loiiees  &r  ad- 
mirées princeffes  de  la  terre.  Apres  l'accablement 
de  Circé  les  quatre  Dryades  feremeirent  en  leurs 
niches.  Pan  ôc  fes  Satyres  rentrèrent  en  leur  bois^  & 
la  fallc  demeura  vuide.  Lors  les  aififtans  auec filen- 
ce  attendans  s'il  y  auoit  quelque  cas  de  rare  qui  re- 
ftaft  pour  la  fin  du  Balet,  les  violons  recommence- 

O.iij. 


BAL  ET    COMI  QJ^  E 

rcnt  à  fonner  vne  fort  belle  entree,au  Ton  de  laquel- 
le les  Dryades  fe  leuerent  &  fortirent  de  leurs  ni- 
ches^pour  fe  p relènter  en  front  au  milieu  de  la  falle: 
puis  tournans  le  dos  au  Roy  f en  vont  en  danfant 
vers  le  iardin,  comme  affeurees  de  la  deliurance  des 
Naiades^pour  lefquelles  lupiter&PalIas  auoyent 
tant  trauaillé contre Circé,enuieufe du  bon-heur 
d  Vne  fi  belle  &  fainte  compagnie.  Comme  elles  re- 
gardoyent  vers  le  iardin^voicy  lesNaiades  defen- 
chanteesjlefquelles  àTimprouifte  &  fans  qu'on  y 
penfaftfemonftrerent  au  dedans  du  iardin ,  com- 
me fî  elles  fuflent  tombées  des  nues,  ou  fortiesen 
vn  inftant  des  profonds  cachots  de  la  terrerpuis  al- 
lèrent deux  à  deux  en  ordre  iufques  au  milieu  delà 
falle.  Au  premier  rang  marchoit  la  Royne^  tenant 
par  la  main  madame  la  princeflè  de  Lorraine^vrayc 
héritière  de  la  bonté ,  pieté  &  douceur  de  feu  ma- 
dame Claude  de  France  j  fille  &  foeur  de  nos  Rois, 
fa  mere ,  la  mémoire  de  laquelle  fera  toufiours  ho- 
norée en  ce  Royaumeenuers  toutes  perfonnes^qui 
font  profefTion  de  la  vertu  &  de  l'honneur  :  les  au- 
tres venoyent  auffi  après  deux  à  deux  ^  chacune  en 
fon  ordre,  &  fortansdu  iardin  furent  de  front  au 
deuantdes  quatre  Dryades^  quife  ioignirentauec 
elles.  Ce  fut  lors  que  les  violons  changèrent  de  fon 
&  fe  prindrent  à  fonner  Icntree  du  grand  Baler, 
compofé  de  quinze  paffages^difpofez  de  telle  fa- 
çon^qualafin  dupaflage  toutes  tournoyent touf- 
iours la  face  vers  le  Roy  :  deuant  la  maieilé  d uquel 
eftans  arriuees^danferent  le  grand  Balet  à  quarante 
paflàges  ou  figures  Géométriques  ;  &  icelles  toutes 


DE    LA    ROYNE.  j5 

iuftes  &c  confiderees  en  leur  diamètre, tantoft en 
quarré,  &  ores  en  rond^  &  de  plufieurs  &  diuerfes 
façons,  &  auflî  toft  en  triangle, accompagné  de 
quelque  autre  petit  quarré ,  &  autres  petites  figu- 
res. Lefquelles  figures  n  eftoyent  fi  toft  marquées 
par  les  douze  Naiades^  veftues  de  blanc  (comme 
il  a  efté  dit  )  que  les  quatre  Dryades  habillées  de 
verd  ne  les  veinflent  rompre  :  de  forte  que  Pvne 
finiflant  ^  lautre  foudain  prenoit  fon  commen- 
cement. A  la  moitié  de  ce  Balet  fe  feit  vne  chaî- 
ne, compofee  de  quatre  entrelacemens  différents 
IVn  de  lautre, tellement  qua  les  voir  on euft  die 
que  c'eftoit  vne  bataille  rangée ,  fi  bien  l'ordre  y  e- 
ftoit  gardé, &  fi  dextremét  chacun  s'eftudioit  à  ob- 
feruer  fon  rang  &  cadence:  de  manière  que  chacun 
creut  qu'Archimede  n  euft  peu  mieux  entendre  les 
proportions  Géométriques  ^  que  çpsprinceffes  &c 
dames  les  pratiquoyent  en  ce  Balet.  Et  à  fin  qu'on 
cognoifle  de  cobien  de  diuerfitez  defons  il  falloit 
vfer,lcs  vns  graues,  les  autres  gais,  les  vns  en  triple, 
les  autres  pour  vn  pas  doux  &  alenti,ie  les  ay  voulu 
auffi  exprimer ,  pour  ne  lailfer  rien  de  manque  & 
imparfai£b  au  difcours  de  tout  ce  qui  s  eft  paffé, 
comme  verrez  cy  après. 


B  ALET  COMIQVE 
La  petite  entrée  du  grand  balet.    A  y.  parties. 


La  grand*  entrée. 


^^^^ 


La  grand' entrée.        B  A  S  S  Y  S. 


DE  LA  ROYNE. 

La  petite  entrée  du  grand  Balet.    A  y.  parties. 


p 

^  

 V  '  '  1  1 — y-.^.^  

La  grand' entrée.  CONTRA. 

■fk4^^«-444444-l  1  iHttf^/ 

-p*4-fy^W  

La  g»  and*  entrée, 

p.j. 


BALET  COMIQVE 


TENOR. 


B  A  s  s  V  s. 


DE  LA  ROYNE. 
l^     S  V  P  E  R  I  V  S. 


■ 

 _^ 

"  c 

O  N  T  R 

A. 

p.ij. 


BALET  COMIQVE 
S  V  P  E  R  I  V  S. 


mm 


TENOR. 


B  A  S  S  V  S. 


DELA  RO  YNE. 
^^     S  V  P  E  R  I  V  S, 


<>9 


*     ^     »     «     *     ^  ' 

CONTRA, 


BALET  COMIQVE 

y 


TENOR. 


B  A  s  s  V  s. 


5^ — » 


DE  LA  ROYNE. 
S  V  P  E  R  I  V  S, 


m- 


^ — 


CONTRA. 


37 


DE  LA  ROYNE. 
i'.    S  V  P  E  R  I  V  S. 


J 


CONTRA. 


-i 


BALET  COMIQVE 
S  V  P  E  R  I  V  S. 


TENOR, 


^^^^ 


B  A  S  S  V  S. 


DE  LA  ROYNE. 

\  SVPERIVS. 


CONTRA. 


Qài. 


BALET  COMIQVE 
S  V  P  E  R  I  V  S. 


TENOR. 


DE  LA  ROYNE. 
S  V  P  E  R  I  V  S- 


^5 


— 1— o- 


CONTRA, 


BALET  COMIQJVE 

Ce  Balet  paracheué ,  les  Naiades  &  Dryades  fei- 
rent  vne  grande  reuerencc  à  fa  maiefté  :  &  de  ce  pas 
la  Royne  approchant  du  Pvoy  fon  feigneurje  print 
par  la  main^&luy  feit  prefent  d Vnegrâde  médaille 
d'or,ou  il  y  auoit  dedans  vn  Daulphin  qui  nageoit 
en  la  mer:lors  chacun  print  pour  augure  afleuré  de 
celuy  que  Dieu  leur  donnera  pour  le  bon-heur  de 
ce  royaume.  A  l'exemple  de  la  Royne  toutes  les  au- 
tres PrincefTes ,  dames  &  damoyfelles^  furent  auffi 
chacune  félon  leur  rang  &  degré  prendre  les  Prin- 
ces,Seigncurs,&  Gentils-homes  que  bon  leur  fem- 
bla  :  à  chacun  defquels  elles  feirét  leur  prefent  d'or, 
auec  leurs  deuilès ,  toutes  chofes  de  mer  ;  d'autant 
qu  elles  reprefentoyent  les  nymphes  des  eaux^ainfî 
que  vous  verrez  cy  après. 

Madame  la  princeffe  de  Lorraine  donna  à  mon- 
fieur  de  Mercur^la  Sereine. 

Madame  de  Mercur  à  monfieur  de  Lorraine,  le 
Neptune. 

Madame  de  Neuers  à  monfieur  de  Guife^leChe- 
ual  marin. 

Madame  de  Guife  à  monfieur  de  Geneuois, 
TArion. 

Madame  d'Aumalle  au  Marquis  de  Chauifim^  la 
Baleine. 

Madame  de  loyeufe  au  Marquis  de  Pont  j  vn 
Monftre  marin. 

Madame  la  Marefchale  deRez  à  monfieur  d'Au- 
malle  Je  Triton. 

Madame  de  Larchant  à  monfieur  de  loyeufe,  la 


DE    LA    ROY  NE.  ^4 

branchtdecourail.^ 

Madatî^  de  Pont  à  monfieur  d'Efpernon^rHui- 
ftre  à  lefca^je. 

Madam^yrelle  de  Bourdeille  à  monfieur  de 
Neuers,Iep(>i^^onquia^e^peeaunez. 

Ma  damoyrelle  de  Cypierre  à  monfieur  de  Luxe- 
bourg,  rEfcrc'uice, 

VoyIa  les  prcfcns  faits  par  les  nymphes  des  eaux: 
Les  quatre  Dryades  nymphes  des  bois  donnèrent, 
àfçauoir> 

Madamoyfellc  de  Vi^lry  à  monfieur  le  Baftard, 
vn  Hibou. 

Madamoyfelle  de  Surgercs  au  Comte  de  Saulx^ 
le  Chcureuil. 

Madamoyfelle  de  Lauernay  auConKc  de  Mau- 
IcurierJeCerf 

Madamoyfelle  de  Stauay  au  Comte  deBouchai- 
ge,  le  Sanglier. 

La  Minerue  à  la  Royne  mcrc  du  Roy  J*ApolIon. 

La  Circé  à  monfieur  le  Cardinal  de  Bourbon ,  le 
Liurc, 

Aucc  ceft  ordre  &  ordonnance  elles  meinent  les 
princes  pour  dancer  le  grand  Bal  :  &  iceluy  finy  on 
fe  meit  aux  branfles^&  autres  dances  accouftumees 
es  grands  feftins  &  efiouilTemens .  Ce  qu'eftant  a- 
cheucjes  maieftez  des  Roy  &  Roynes  fe  retirèrent^ 
eftantdefialanuidfortaduanceervcu  que  ce  Balet 
Comique  dura  depuis  les  dix  heures  du  îbir^iufqu  à 


B  A  L  B  T    C  O  M  I  QJV;  E 

trois  heures  &  demie  après  minuid  j  fans  que  telle 
longueur  ennuyaft  ny  defplcuft  aux  alÇftans^  tel  e- 
ftoic  &  fi  grand  le  cotentement  de  chacun  :  voyant 
principalement  vne  fi  haute  excelleite ,  graue  & 
Ibuueraine  dame ,  faire  tant  d'honneur  à  fes  fuiets, 
que  de  f  abaifler  iufqu  a  fe  rendre  (Compagne  des 
jeux  faids  pour  larefiouir ,  &  fe  pr^fenter  en  pu- 
blic :  à  fin  que  tous  cogneuflent  que  nos  Roys  & 
Roynes  ^  comme  ils  commandent  fur  vn  peuple 
franc^aufli  le  traittent-ilsfranchementj&auec  tou- 
te douceur,  franchife^comunication  &  courtoifie. 


S  enfuiuent  les  figures  des  ptefens  que  feirent 
les  nymphes  de  ce  Balet  comique* 


DE    LA  ROYNE. 

LaR.oync  prefenta  au  Roy 
LE  DAVPHIN. 


Belphmum  vtdel^hmem  rependat. 

R.j- 


B  ALET    COMI  C^VE 

Madame  la  Princeflc  de  Lorraine  à  monfîcur 
de  Mercur^ 

LA  SEREINE. 


Sir  en  Virtute  haud  hlandior  "vUa  ejl. 


DE  LAROYNE 


Madame  de  Mercur  à  monfieur  de  Lorraine, 
N  E  P  T  V  N  E. 


Far  mens  inmBa  triàentu 

R.ij. 


BALET  COMIQJ/E 

Madame  de  Guife  àmonfieur  de  Geneuois 
A  R  I  O  N. 


Topuli  fuferatfradentia fuBm, 


BALET    C  OMIC^VE 

Madame  D'Aumalleau  Marquis  de  Chauflîn^ 
LA  BALEINE. 


DE   LA  ROYNE. 

Madame  de  loyeufe  au  Marquis  de  Pont, 
LEPHYSETER. 


68 


Sicfamam  adimgere  famd. 


BALET  COMIQVE 

MadJa  Marefchalc  de  Rez  à  monfieur  d'Aumale 
LE  TRITON. 


Commouet  & feâat. 


DE    LA    ROYNE.  6^ 

Mad.  de  Larchant  à  monfieur  de  loyeufe. 


LE  C  O  R  A  L. 


EademnaturaremanfiL  - 

S.J. 


BALET  COMIC^VE 

Macîamoy  felle  de  Pont  à  moniïeur  d'Efpernon^ 
UH  VISTRE- 


Intmmelîora  recondit. 


SîM  fimt&mitibmarma. 

S.ij. 


BALET  COMIQJVE 

Madamoyfelle  de  Cypicrre  à  monficur 
de  Luxembourg, 

L'  E  S  C  R  E  V  I  C  E. 


Vt-s  non  0  bit  ta  fuorum. 


DE     LA  ROYNE. 

Madam"'=  de  Vidry  à  monfieur  le  Baftard^ 
LE  HIBÔV. 


BALET  COMIQJV^E 

MadamoyrelIedeSurgeresàmonfieur 
JeComtedeSauIx, 

LECHEVREVL.  , 


Non  telifecura  vfquam. 


Non  perijtvirmsajfueta  nouaru 


BALET  COMIQJ^E 

Madam^^^  deScauayau  Comte  de  Bouchage^ 
LE  SANGLIER. 


DE    LA    ROYNE.  73 

Madamoyfellc  de  Chaumont  àla  Roy  ne 
mereduRoy, 

APOLLON. 


Lmire&vincere  Jueui. 

T.j. 


BALETCOMI  QJ^  E 

Madamoyfdle  de  Sainte  Mefme  à  monfîeur 
le  Cardinal  de  Bourbon^ 

LE  LIVRE. 


Tatorum  arcana  reCimat. 


ALLEGORIE  DE    LA  CJRCÉ, 

QVE  N^T^LIS  COMES  ^  RETIRE' 
des  commentaires  des  poètes  Grecs. 


I R  c  e'  fille  du  Soleil  &  de  Perfeis  fille  de  l'Océan ,  cdoic 
magicienne,  &  transformoit  les  hommes  en  diiieis  ani- 
maux:toiiresfois Vlyflcs  fut  conferué  de  fes  charmes,^  ne 
le  peur  transformer  comme  elle  auoitfaidfcs  côpagnons. 
isàJ^^-^  c^A  Q\Ycé  qui  fignifie  miflion  ,efl:  fille  du  Soleil ,  qui  eft  la 
chaleur ,  Se  de  la  fille  de  la  mer  qui  eft  l'humidicé  :  pource  que  toutes 
chofes  font  créées  de  chaleur  &  d  humidité.  Circédonc  ellla  miftion 
des  elemens,  qui  ne  fe  peut  faire  que  par  le  mouucment  du  Soleil  qui 
cft  le  pere  Se  la  forme,&:  Perfeis  la  mere     la  matière. 

Les  quatre  Nymphes  qui  la  feruoyent  d<  cueilloyent  les  herbes  pour 
faire  fes  enchantemens/ont  les  elemenSjOii  elle  eftappeilee immobile; 
pour  ce  que  la  corruption,generation  &c  mutation  des  elemens  l'vn  en 
l'autre,  eft  perpétuelle. 

On  dit  qu'elle  changeoicles  hommes  en  formes  monftrueufès  Ôc  di- 
uerfes;  pour  ce  que  la  corruption  d'vne  chofe^efi:  la  génération  de  l'au- 
tre qui  renaiftjmais  non  pas  en  fa  première  forme» 

Vlyfi^e  qui  a  efté  côfcrué  par  les  Dieux,  pour  ce  que  Tame  de  rhora- 
mc  eft  immortelle  ôc  diuinc,  le  corps  perifi^able  3c  terreftre. 

^utre  allégorie  du  fieur  de  Uchejhciye, 

D'autat  qu'il  y  a  d'autres  fables  plus  générales  pour  fignifier  cefte  gé- 
nération vniuerfeîlejonpourroit  réduire  ceftefiâiô  à  vne  allégorie  plus 
particuliere:à  fçauoir,que  Circé  eft  la  circuition  de  l'année  par  la  cour- 
fe  reuolué  du  Soleil  ;  les  nymphes,font  les  racines,  herbes ,  fleurs  &  fc- 
mences:  VlyfFe  grand  voyageur,  eft  le  temps  qui  ne  farrefte,  allant 
toufiourstfes  côpagnons  trâsformez  fignifient  le  paffé  t5cle  prefent.  En 
vn  an  qu'Vlyfiè  demeura  auec  Circe,clle  conceut  de  luy  quatre  cnfans, 
à  fçauoir  Aufon,  autrement  Romanus,  Caliphon,  Marfus,  &  Telego- 
nus^qui  font  les  quatre  faifons.QuadVlyfle  fut  de  retour  en  Ithaque,ii 
fut  tué  par  Tclegonus  fon  fils  auec  vn  os  de  polfToniaufti  quand  le  So- 
leil pere  des  faifons  eft  retourné  au  dernier  degré  du  Sagittaire,! 'an  eft 
acheué  au  commencement  du  figne  my-poiflon  &  my-bouc. 

JjctUegorie  morale. 

Circé  eft  dide  fille  du  Soleil  ôc  de  Perfeis,  pource  que  le  defir  Se  c6- 
cupifcêce  prouicnnêt  aux  animaux  de  chaleur  ôc  d'humidité:fi  ce  cha- 


BALET  COMIQUE 

toiiillcmcnt  $C  aiguillon  naturel  qui  nous  incite  a  la  volupté  nous  mai- 
ftnfejil  nous  pouffe  aux  vices ,  qui  nous  font  femblables  aux  berfes:fbit 
paillardife,  yurongneric,  cruauté ,  Se  autres  mauuaifes  qualitez  :  mais 
ccluy  qui  eft  accompagné  de  raifon,  eft  alfeuré  contre  ces  poifons. 

Vlyffe  fîgnifie  la  partie  de  lame  capable  de  raifon^Circé  eft  le  natu- 
rel de  rhomme,Ies  compagnons  d' Vlylfe  fignifient  &  puiffanccs  ^  fa- 
cultez  de  rame,qui  conlpirent  de  accordent  auec  les  affcdions  desfens 
qui  n'obciffcnt  plus  à  Li  raifon. 


^VTRE  ALLEGORIE  DE  CIRCE\ 

SELON  l'opinion  DV  SIEVR  GORDON,  ESCO- 

fois  y  gentilhomme  de  la  Chambre  du  Roy. 

Vj^MTji  ovR  l'intelligence  de  l'allégorie  de  la  Circé>  il  eft  befoing 
J^fc^yg  de  confiderer  que  toutes  les  allégories  des  fixions  poeti- 
^^^g^  ques  en  gênerai,  fe  réfèrent  ou  à  la  philofophie  naturelle,  ou 
'"^G?^  àlamoraIe,ouàlafupernaturelle  &:diuine50uàvnemeflan- 
gc  de  IVnc  Je  de  Fautre.  L  allégorie  particulière  de  Circé,  félon  que  la 
fable  eft  delcrittc  par  Homère  au  liure  lo.  de  fon  Odylîèe ,  femble  fc 
pouuoir  référer  partie  à  ce  qui  eft  diuin  &  fupernaturel,  &  partie  à  ce 
qui  eft  naturel  &  moral.  Circé  félon  Homère  eft  deeffe,Ô<:  partant  im- 
mortelle :elle  eft  fille  du  Soleil,  &  d Vue  nymphe  marine.  L'etymolo- 
gie  de  fon  nom,  qui  eft  Grecque,  fe  prend  de  Mpvay>  qui  fignifie  mefler: 
comme  de  vray  du  meflange  du  Soleil  qui  eft  la  caufe  de  toute  cha- 
leur ,  &  de  la  mer  qui  eft  la  fontaine  de  toute  humidité ,  toutes  chofes 
font  procréées.  Le  nom  de  fa  mere  eft  Perfe,&  viét  du  mot  Grec^ie^»', 
qui  fîgnifie  paffer  d'outre  en  outre:  ce  qui  côuient  bié  à  la  merjaquelle 
paffc  &  repafle  d Vne  motion  perpétuelle  les  riues  &  coftes  de  la  terre, 
&  par  cefte  motion  fe  conferue  de  pourriture  &  infedion.  Doncques 
nous  prendrons  que  Circé  engendrée  du  Soleil  &  de  la  mer  participe 
de  tous  les  deux.  Le  foleil  naturellement  eft  la  caufe  efficiente  de  tou- 
te procréation  des  chofes  cy  baffes  par  l'aide  de  l'humidité, qui  pro- 
cède des  eaux  qui  font  és  veines  de  la  terre  :  &  le  mefme  Soleil  fîgni- 
fie allegoriquement  la  clairté  &  lumière  de  la  vérité  &  eftincelle  diui- 
ric  qui  luit  en  nos  ames.  La  mer  naturellement  nourrit  &  produit  ce 
qui  entretient  excite  la  volupté:&  de  ce  les  poètes  ont  feint  que  Ve- 
nus fortit  de  la  mer ,  &  la  nommèrent  ci<ppoSiv. ,  &  allegoriquement  (c 
peut  prendre  pour  le  plaifîr  fenfible ,  qui  apporte  aux  hommes  nau- 
firage  fréquent.  De  ces  confiderations  il  femble  qu'il  ne  fera  pas  hors 
de  raifon  de  prendre  la  Circé  pour  le  dcfir  en  général  qui  règne  &  do- 
mine fur  tout  ce  qui  a  vie  &:  eft  méfié  de  la  diuinité  &  du  fenfible,  & 
fait  fes  effeits  bien  differens ,  ôc  mené  les  vns  à  la  vertu ,  &  les  autres 


DE    LA    ROYNE.  7| 

au  vice  EtàcelaPaccordecc  quelle  eft  defcrite  comme  RcyncSc 
ayant  en  Ton  feruice  &c  ruieition  les  nymphes  Se  les  bcftes:par  les  nym- 
phes, qui  participent  de  la  diiiinité,les  vertus  font  reprefentces  :  Se  par 
les  beftcs  brutes ,  le  vice  Se  lafenfualité.  Car  le  defir  efmeut  à  la  vertu 
ceux  qui  par  l'aide  diuine  y  font  préparez  ;  Se  au  contraire,le  defir  rend 
ceux  qui  font  deil:ituez  de  bonne  inclination  &  in ftitution^ferfs  Se 
cfclaues  du  vice.  La  demeure  de  Circé  eft  en  vn  palais  magnifique  Sc 
en  belle  aflîete,  le  baftiment  beau ,  doré ,  Se  reluyfant  :  Ce  qui  fignifie 
que  le  defir  ne  peut  eftre  efmeu  fans  apparence  de  beauté ,  loit  vraye, 
foit  faulfe.  La  perfonne  de  cefte  deefle  eft  defcritc  dVne  beauté  extra- 
ordinaire,&;  ornée  de.tou  t  ce  qui  eft  amiable:fa  voix  belle  Se  claire^qui 
reprefente  ce  qui  peut  efmouuoir le  defir, foit  par  la  veue,foit  par 
l'ouye ,  à  aimer  ou  la  vertu ,  ou  fon  contraire.  Car  le  defir  aux  vns  eft 
l'inftrument  de  falut  :  Se  aux  autres  l'inftrument  de  perdition  Se  rui- 
ne. L'exercice  Se  occupation  de  cefte  Circé  eft  à  chanter ,  Se  faire  des 
ouurages  immortels,  lemblables  a  ceux  que  font  les  deeffes  :  le  chant 
fignifie  l'éloquence  diuine ,  Se  difcours  de  la  vérité ,  Se  les  ouurages  fî- 
gnifient  les  ades  vertueux  qui  fe  font  par  ceux  qui  font  efmeus  par  le 
defir  de  gloire,  bonne  renommée  Se  immortalité.  Les  Naiades  Se 
Dryades,  qui  font  les  nymphes  des  eaux  Se  des  bois  :  c  eft  à  dire  les 
bons  efprits  diffus  par  tout  IVniuers/ont  les  feruantcs  de  cefte  Royne, 
quiviuentauec  elle  en  tout  plaifir  &  liberté ,  s'occupent  â  aflembler 
les  herbes  Se  fleurs  les  plus  exquifes  delà  terre,  pour  feruir  aux  fins  de- 
ftinees  par  leur  maiftrefie  :  Ce  que  fignifie  les  vertus  Se  fciences,  par 
lefquelles  le  defir  des  efprits  des  hommes  eft  préparé  Se  difpofé  à  bien. 
D'autrepart  la  Circé  auoit  en  fon  palais  plufieurs  lyons,ourSj&  loups, 
lefquels  aùoy  ent  du  tout  perdu  leur  naturel ,  Se  eftoyent  deuenus  mi- 
gnards  Sc  flateurs  comme  chiens  priuez  ;  ce  qui  nous  reprefente  que 
le  defir  brutal  fait  perdre  la  valeur  Se  courage  de  tous  les  plus  magna- 
nimes pcrfonnages,  Se  les  rend  fans  courage  Se  force ,  Se  du  tout  ef- 
claucs  de  la  volupté.  La  Circé  par  vne  forte  de  bruuagc  conuertifiToit 
les  hommes  en  beftes.  Se  par  vn  autre  remède  elle  leur  reftituoit 
leur  vray  eftre  &  forme  humaine  :  par  cecy  les  poétes,premiers  inuen- 
teurs  de  toute  philofophie ,  nous  ont  voulu  monftrer  que  ce  mefme 
defir  eftant  employé  à  la  volupté  Se  au  vice ,  nous  rend  plus  brutaulx 
que  les  beftes  mefmes.Ce  que  neantmoins  eftant  par  Taide  diuine  im- 
bué  des  préceptes  de  la  vertu ,  rend  aux  hommes  leur  vraye  forme.  Se 
les  deliure  delaferuitudebeftialeduvice5&:  volupté ,  félon  ce  que 
dit  eft  en  gênerai.  Les  compagnons  d'Vlyffe  en  particulier,qui  arriue- 
rent  vers  cefte  Royne,  mal  garnis  Se  préparez  de  la  vertu ,  appellee  par 
les  Grecs  r^aûpinç,  qui  eft  la  puiftance  elediue:  lefquels  à  leur  premiè- 
re arriuee  fe  font  amufez  à  boire  Se  à  manger,  qui  fignifie  le plaifir 
fenfuel,  qui  a  efté  le  moyen  par  lequel  ils  ont  efté  conuertis  en  pour- 
ceaux :  Nous  enfeignent  que  ceux  qui  s'abandonnent  à  la  volupté. 
Se  s'eny urcnt  des  dehces ,  deuienncnt  falles  comme  pourceaux,  Se  de- 


BALET  COMIQJV'E. 

meurent  prifonniers  &c  captifs  aux  vices  :  mais  VlyfTes ,  qui  eft  l'hom- 
me vertueux  5  arriué  vers  ce  defir ,  alTifté  de  l'aide  diuine ,  ôc  garni  du 
Moly  ,  qui  lignifie  la  raifon  &  eftincelle  diuine  de  nos  ames ,  il  n  cft 
point  tranfmué  de  fa  forme  humaine-.ains  par  (à  valeur  &  courage  ver- 
tueux, fe  rend  victorieux  par  delTus  le  defir.  Se  le  contraint  de  reftituer 
fcs  compagnons  tranfmueZjâ  leur  vraye  forme  humaine.Ce  que  nous 
-admonneite  que  la  raifon  alîîftee  de  l'aide  diuine  eft  le  feul  ôc  vnique 
moyen  qui  refrène  le  defir  des  voluptez,&  de  la  captiuité  &c  feruitude 
des  délices. 

De  ce  petit  difcours  de  l'allégorie  de  la  fable  de  Circé  Ion  peut  bien 
veoir  l'idée  Ôc  l'exemple  de  vertu  que  la  Royne  accompagnée  des 
princelfcs  &  dames  de  fa  Court ,  areprefentezfousiesperfonnes  des 
Naiadcs,qui  fignifient les  plaifirs  &:  délices  immortelles,  qui  atti- 
rent le  defir  mené  parla  vertu  à  s'employer  &c  s'exercer  es  ades  ge- 
ncrcufes  5c  valeurcufes,&  pour  admonnefter  tous  qu'il  ne  faut  point 
defirer  ce  qui  eft  beau  5c  reluifant  exterieuremet,  m.ais  beaucoup  plus 
la  beauté  intérieure  5c  moins  apparente.  D'autre  part  par  les  animaux 
prifonniers  au  palais  de  Circé ,  on  a  voulu  monftrer  la  feruitude  mifè- 
rable  de  ceux  qui  font  menez  du  defir  brutal  de  la  volupté ,  qui  feduic 
les  homes  par  vne  apparence  d'vne  beauté  extérieure,  qui  eft  en  effeâ: 
vne ruine  èc  perdition  éternelle. 


FIN. 


Extrait  du  priuilcgc. 


PA  R  lettres  patentes  <îuRoy ,  données  à  Paris  le  x  1 1 1.  Fcurier  m.  D.  t  x  x  x  1 1. 
fignccs.  Par  le  Roy,  b  rv  l  a  R  t  ,  &  feellecs  fur  fimple  queue  de  cire  iaulnc  :  Il 
cft  permis  à  maiftre  laques  latin ,  peintre  ordinaire  du  Roy  &  de  la  Roync  fou  cC- 
oufc:  Démettre  en  lumière  &  faire  imprimer  par  tel  Imprimeur  que  bonluyfcm- 
lera ,  vn  Hure  intitulé ,  Balet  comique  de  la  Royne,fait  aux  nopces  de  monfieui  le 
Duc  de  loyeufe  :  auec  dcfenfes  trefexprefles  à  tous  Libraires ,  Imprimeurs ,  6c  tail- 
leurs d'hiftoires ,  de  n'imprimer,  faire  imprimer,  ou  tailler  aucunes  figures  dudic 
liure,  pendant  &  durant  le  temps  de  neuf  ans ,  (ans  le  congé  &  confcntemcnt  dudit 
Patin.  Sur  peine  (Je  confifcation  defdits  liures ,  defpens,  dommages  &  imcrcfts,  & 
d'amende  arbitraire. 


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